dimanche 29 novembre 2020

Danuvius guggenmosi

Danuvius guggenmosi est une espèce éteinte d'hominidés découverte en 2015, qui vivait au Miocène en Allemagne, il y a 11,62 millions d'années. Selon les découvreurs, elle se tenait debout et marchait sur la plante des pieds. La seule espèce d'hominidés plus ou moins bipède auparavant connue, et qui soit antérieure à l'émergence des Hominina il y a 7 millions d'années en Afrique, était l'Oréopithèque, découvert au XIXe siècle en Italie.

 

Source : Wikipedia

vendredi 27 novembre 2020

Laetoli

Le site de Laetoli, situé en Tanzanie, à 45 km au sud des gorges d'Olduvaï, dans l'aire de conservation du Ngorongoro, est l'un des principaux sites d'Afrique de l'Est à avoir livré des fossiles humains ou pré-humains. On y a également découvert en 1976 des traces de pas d'Hominina exceptionnellement conservées dans de la cendre volcanique indurée. Elles sont datées de 3,66 millions d'années. 

 

Traces de pas

En 1976, Mary Leakey, Richard L. Hay (en) et leur équipe ont découvert une piste d'empreintes de pas d'Hominina, conservée grâce à une succession de conditions favorables :

le dépôt d'une couche d'environ 15 cm de fines cendres provenant de l'éruption du volcan Sadiman, distant de 20 km ;
le passage d'un groupe d'Hominina et d'autres animaux ;
une averse légère qui a cimenté la couche de cendre en la transformant en tuf volcanique sans détruire les empreintes ;
le scellement de la piste par d'autres dépôts de cendre venus la recouvrir et la protéger.

Les pas d'Hominina correspondent à trois individus, dont un marchant dans les traces d'un autre, ce qui rend difficile la lecture de certaines empreintes. Dans la mesure où les traces vont dans la même direction, elles ont probablement été produites par un petit groupe, mais rien ne permet de conforter les reconstitutions classiques qui mettent en scène une famille nucléaire se rendant à un point d'eau.
Les empreintes sont celles d'Hominina marchant debout, mais comme un humain moderne qui serait légèrement accroupi : hallux varus (le gros orteil s'écarte vers l'intérieur), présence d'un espace important entre le premier orteil et les quatre latéraux, enfoncement plus marqué du bord externe du pied traduisant un appui en varus, talon étroit et creux en surface, pas de voute plantaire mais à la place un renflement traduisant le développement important du muscle écarteur du premier orteil (musculus abductor hallucis brevis) développé dans le pied des grands singes, mais jamais chez les humains. L'appui en varus associé à l'écartement du premier rayon et au fort développement du muscle écarteur du premier orteil sont des caractères désignant la préhensilité. Ces empreintes pourraient avoir été faites par des Hominina du genre Australopithèque. Yvette Deloison pense que cette bipédie devait être occasionnelle.

Une étude 3D sur ces empreintes en 2011 suggère au contraire une bipédie bien verticale affirmée.

Les empreintes de Laetoli ont été datées en 2011 de 3,66 millions d'années, par la méthode du potassium-argon appliquée à la couche de cendre. 

 

Source : Wikipedia

jeudi 26 novembre 2020

Phillip Tobias

Phillip Tobias (14 octobre 1925 – 7 juin 2012) est un paléoanthropologue sud-africain professeur à l'université du Witwatersrand à Johannesburg. Il est connu pour ses travaux sur les sites ayant livré des fossiles d'hominidés en Afrique australe et orientale. En particulier, il identifia et décrivit avec Louis Leakey et John Napier une nouvelle espèce au sein du genre humain : Homo habilis. Il milita par ailleurs contre l'apartheid. 

Source : Wikipedia

mercredi 25 novembre 2020

Néandersovien

On appelle Néandersoviens la lignée des humains archaïques à l'origine des Néandertaliens et des Dénisoviens. Cette branche de la famille humaine se serait séparée de celle d'Homo sapiens il y a environ 750 000 ans, et se serait partiellement hybridée en Eurasie avec des humains superarchaïques, sortis d'Afrique il y a environ deux millions d'années. 


Date de divergence

 

Une étude génétique parue en février 2020, ayant analysé l'ADN fossile néandertalien (issu de spécimens de l'Altaï et de la grotte de Vindija, en Croatie et l'ADN dénisovien (issu de la grotte de Denisova, en tire la conclusion que l'ancêtre commun de ces deux branches, appelé Néandersovien, aurait quitté l'Afrique, et se serait ainsi séparé de la lignée africaine menant à Homo sapiens, il y a environ 750 000 ans.

 

Source : Wikipedia

mardi 24 novembre 2020

samedi 21 novembre 2020

Une étude inattendue suggère que Toumaï marchait à quatre pattes

La controverse sur le fémur de Toumaï rebondit : une analyse parue dans le Journal of Human Evolution suggère que l'espèce découverte en 2001 au Tchad était un quadrupède plus proche du chimpanzé. Le Sahelanthropus du Tchad, vieux de 7 ma, va t-il perdre son statut de plus vieil ancêtre des humains ? L'étude est déjà très critiquée...


 

Après plus d'une décennie dans l'ombre, un fossile crucial de Toumaï, réputé être le grand ancêtre de l'humanité, vient enfin d'être décrit scientifiquement et publié dans la revue Journal of Human Evolution (JHE). Cet os de la jambe suggèrerait que Sahelanthropus tchadensis, vieux de 7 millions d'années, ne marchait pas sur deux jambes et était plutôt apparenté à d'autres singes comme les chimpanzés, selon les auteurs ! Un choc qui vient nourrir la controverse autour de ce crâne superbe découvert par une mission franco-tchadienne dirigée par le paléoanthropologue Michel Brunet en 2002.

L'article scientifique publié par Journal of Human Evolution est signé par le paléoanthropologue Roberto Macchiarelli, de l'Université de Poitiers et du Département Homme & Environnement du CNRS et du Muséum National d'Histoire Naturelle, ainsi que par son ancienne étudiante Aude Bergeret : ils étaient les premiers, en 2004, à avoir repéré l'os de la jambe parmi les restes rapportés du Tchad avec le crâne et s'étonnaient qu'une pièce aussi importante pour déterminer la bipédie, -même si elle est déformée et cassée par endroits-  ne soit pas étudiée ou publiée.

L'article de Roberto Macchiarelli et Aude Bergeret prend de vitesse celui d'une équipe de Poitiers

Las d'attendre, ils ont décidé de publier leur propre analyse qui vient d'être acceptée par une revue de bonne tenue. En s'appuyant sur des photos et une pré-analyse conduite à l'époque... Roberto Macchiarelli admet d'ailleurs n'avoir tenu l'os en main que 3 mn au cours de sa vie avant de ne plus jamais y avoir accès.  Quoiqu'il en soit, l' article du JHE prend de vitesse celui de Frank Guy (CNRS/Université de Poitiers) et ses collègues tchadiens, qui entendent démontrer à l'inverse que le fémur atteste la bipédie de Toumaï, mais est toujours en cours de relecture et de validation par des pairs scientifiques.

Aude Bergeret-Medina et Roberto Macchiarelli  se sont associés au biomécanicien  italien Damiano Marchi , de l'Université de Pise et au célèbre paléontologue britannique Bernard Wood, de l'université Georges Washington (Etats-Unis), pour étudier la morphologie externe de l’os (sa morphologie interne est l’objet d’un article en cours de publication par une équipe de Poitiers).

Une courbure simiesque

Ils soutiennent au final que le fémur n'est pas celui d'un animal bipède. "Le degré de courbure de l’os, très arqué vers l'avant, est plutôt typique des chimpanzés", explique Roberto Macchiarelli. La tête du fémur (qui articule l’os avec la hanche) est liée au corps du fémur par un pont d’os, appelé le col, explique le paléoanthropologue. Le degré de cet "emmanchement" tête-corps du fémur n'est pas le fruit du hasard mais il est corrélé au comportement locomoteur. Pour assurer la transmission verticale des charges mécaniques en garantissant l'équilibre du corps, chez les bipèdes comme les humains actuels, ou encore les australopithèques fossiles, cet "emmanchement" tête-corps du fémur est en moyenne inférieure à 130°" .Une condition retrouvée aussi, selon lui chez Orrorin tugenensis,  très probablement un membre de la lignée humaine âgé de 6 millions d'années découvert au Kenya. Or, chez Sahelanthropus tchadensis, l’angle entre le col et le corps du fémur est très ouvert, approchant, voire dépassant même, les 140°, une condition retrouvée uniquement chez l'orang-outang, un grand singe arboricole.

Le statut d'ancêtre de Toumaï doit-il être révisé ?


Dès lors, c'est le statut d'ancêtre de l'humanité de Toumaï qui doit être révisé estiment les auteurs.

"La forme du fémur, sa morphologie générale ne ressemblent pas à celle d’un bipède", estime également Brigitte Senut au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, France, co-découvreuse d’Orrorin, qui avait écrit dès 2002, à partir de l'analyse du crâne de Toumaï que ce dernier était plutôt à ranger du côté des ancêtres des grands singes.


Des critiques sur la méthode

D'autres scientifiques sont plus circonspects. "Il est difficile de donner un avis sur les aspects scientifiques liés à ce fossile, explique Antoine Balzeau, du Musée de l'Homme. L'article publié se limite à quelques mesures de zones fragmentées et déformées, comparées avec des échantillons qui ne sont pas équivalents. Le type d'analyse effectuée (des between-groups, méthode décriée) a pour objectif de maximiser les différences entre les groupes. Pourtant, ils restent très proches les uns des autres, le fémur tchadien tombant à chaque fois dans la variabilité des chimpanzés et des humains actuels. Il est impossible d'en conclure quelque chose. D'autant qu'un article bien plus complet, visible en préprint, est en cours d'expertise et qu'il apportera des éléments solides à discuter ". Trancher en l'état parait donc précipité.

Il subsiste également un doute concernant le fémur. "Appartient-il au même individu et à la même espèce que S. tchadensis? " s’interroge Martin Pickford, paléontologue au MNHN. Trouver en surface les restes de deux espèces de grands singes coté à cote, et de même taille me semble improbable. De surcroît, les fossiles ayant été ramassés à la surface (voir photo ci dessus) , il y un doute sur leur âge. Les proboscidiens (proches des éléphants) et suidés (cochons) trouvés dans le même secteur ont en effet entre 10 millions d’années et 4 millions d’années.

Une communauté sous le choc

Concentrée sur son article à paraitre et à peaufiner, l'équipe de Franck Guy  et Guillaume Daver à Poitiers décline tout commentaire pour le moment. Selon plusieurs sources, une partie de la communauté paléoanthropologique est sous le choc et s'interroge sur les conditions dans lesquelles Roberto Macchiarelli et son équipe ont eu accès au précieux fossile ainsi que sur les autorisations qu'ils auraient requises. L'équipe de Poitiers "est d'ailleurs en discussion avec ses tutelles CNRS/Université de Poitiers quand à la conduite à tenir."

"La question de l'accessibilité aux fossiles est d'importance, estime Antoine Balzeau. Ils font partie du patrimoine de l'humanité et résultent du travail minutieux de chercheurs de terrain. Mais cette thématique n'est nullement abordée dans cet article et ne justifie donc aucunement sa publication". 


Source : Science et Avenir du 20/11/2020

vendredi 20 novembre 2020

Le chromosome Y néandertalien vient de sapiens

Une première comparaison des chromosomes Y des Homo sapiens, des Dénisoviens et des Néandertaliens suggère deux métissages, à des époques distinctes, entre les lignées néandertalienne et sapiens.

Le séquençage du génome d’Homo neanderthalensis nous a appris qu’entre 1 et 3 % de notre ADN est néandertalien. Selon la plupart des paléoanthropologues, cet ADN vient du métissage entre les Néandertaliens et notre espèce, Homo sapiens, après la « principale sortie d’Afrique d’Homo sapiens » il y a quelque 80 000 ans. Et si un autre métissage, bien plus ancien, avait aussi eu lieu ? Une équipe de paléogénéticiens menée par Martin Petr, de l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste à Leipzig, vient de mettre en évidence un phénomène de cet ordre : elle a établi que le chromosome Y (le chromosome sexuel mâle) néandertalien est un chromosome Y d’ancêtres d’Homo sapiens introduit dans le génome pré-néandertalien il y a entre 100 000 et 370 000 ans.

Les chercheurs s’interrogeaient autant sur le chromosome Y des Néandertaliens que sur celui des Dénisoviens, l’autre espèce humaine eurasienne ancienne. En effet, comme tous les génomes néandertaliens ou dénisoviens entièrement séquencés sont ceux de femmes, on ne disposait que de très peu d’informations sur les chromosomes Y anciens.

Martin Petr et ses collègues ont extrait de l’ADN ancien de trois fossiles d’hommes néandertaliens et de deux fossiles d’hommes dénisoviens datant d’il y a 40 000 à 136 000 ans. Ils ont ensuite utilisé les techniques chimiques de la paléogénétique pour reconstituer au mieux cet ADN extrêmement dégradé, et obtenu des séquences longues de 6,9 millions à seulement 560 milliers de bases du chromosome Y (sur 57 millions de bases en tout). Or il s’avère que les versions communes de gènes (polymorphismes) dans ces séquences du chromosome Y sont souvent différentes dans le cas des Dénisoviens et des sapiens, mais sont proches ou identiques dans le cas des Néandertaliens et des sapiens. En clair, le chromosome Y des Dénisoviens est… dénisovien, tandis que celui de la lignée néandertalienne provient manifestement de la lignée sapiens.

Cette introgression, c’est-à-dire cette arrivée des gènes sexuels masculins sapiens dans le génome néandertalien, date-t-elle de la principale sortie d’Afrique d’Homo sapiens ? Les chercheurs ont établi qu’elle est bien plus ancienne. D’après l’horloge génétique – c’est-à-dire d’après les nombres de mutations accumulées –, ces séquences du chromosome Y suggèrent qu’environ 700 000 ans se sont écoulés depuis la séparation des populations ancestrales des Dénisoviens et des sapiens, tandis que 100 000 à 370 000 ans se sont écoulés depuis la séparation des populations ancestrales des Néandertaliens et des sapiens qui s’étaient métissées.

Ce résultat n’est pas sans rappeler l’observation faite en 2017 par Cosimo Posth, de l’institut Max-Planck d’histoire humaine, à Tübingen, concernant l’ADN mitochondrial, celui contenu dans les mitochondries, organites qui fournissent aux cellules leur énergie. Ce chercheur avait montré que l’ADN mitochondrial des Néandertaliens provenait aussi de la lignée sapiens et, par l’horloge génétique, avait daté son arrivée entre 220 000 et 470 000 ans.

Or, à ces époques très anciennes, il n’y avait ni Néandertaliens ni sapiens, mais seulement des pré-Néandertaliens et des pré-sapiens. Ces résultats suggèrent donc un très ancien métissage entre des populations d’ancêtres d’Homo sapiens et d’Homo neanderthalensis. Où ? Nous l’ignorons, mais comme aucun métissage ancien comparable ne s’est produit entre Homo sapiens et Dénisoviens, cela ne peut qu’être à l’ouest. En Europe ? Au Proche-Orient ? En Afrique du nord, où vivaient des sapiens archaïques il y a quelque 300 000 ans ? De nouvelles recherches seront nécessaires pour le savoir.

Autre énigme : pourquoi le chromosome Y et les gènes mitochondriaux sapiens ont-ils eu un tel succès ? Selon les chercheurs, la valeur sélective des gènes prénéandertaliens devait être réduite, puisque les prénéandertaliens étaient une petite population affectée d’une forte consanguinité. Les gènes sexuels pré-sapiens, une fois introduits dans la population prénéandertalienne, auraient été sélectionnés et transmis aux générations suivantes car leur valeur sélective était plus grande. Une simulation statistique montre que le chromosome Y sapiens a pu remplacer le chromosome Y prénéandertalien d’origine en à peine 10 000 ans.

Cependant, les mêmes effets auraient dû conduire à un large remplacement des gènes prénéandertaliens par des gènes sapiens dans les autres chromosomes de l’homme de Néandertal. Or ce n’est pas le cas. Une autre possibilité serait que la fertilité des métis mâles possédant un chromosome Y sapiens aurait été bien meilleure, tandis que le reste des gènes sapiens auraient été éliminés en raison d’une valeur sélective moindre que ceux des Néandertaliens dans les conditions environnementales que ces derniers affrontaient.

 

Source : Pour la Science du 18/11/2020

mercredi 18 novembre 2020

Un grand-père moderne pour les Néandertaliens

Une analyse génétique révèle que le chromosome Y des Néandertaliens a été intégralement remplacé par celui d’une population à l’origine d’Homo sapiens, il y a de cela 150 000 à 350 000 ans.

L’histoire évolutive de la lignée humaine est un grand puzzle avec de nombreuses pièces manquantes. Elle se précise au compte-goutte, au fil des nouveaux fossiles exhumés et de leur analyse génétique. Le séquençage de l’ADN ancien a ainsi permis d’établir que les populations eurasiennes actuelles possèdent dans leur génome environ 2 % de séquences issues des Néandertaliens. Un héritage témoignant d’une hybridation entre les hommes modernes (Homo sapiens) et les populations néandertaliennes, il y a environ 50 000 ans, lorsque les deux espèces peuplaient simultanément l’Europe. L’ADN ancien a également aidé les scientifiques à préciser les liens de filiation entre les hommes modernes, les Néandertaliens et les Dénisoviens. « Une séparation a eu lieu il y a environ 700 000 ans, avec d’un côté la lignée qui a donné naissance à l’homme moderne et de l’autre un groupe comprenant les Dénisoviens, en Asie, et les Néandertaliens, en Europe », résume Isabelle Crevecœur, paléoanthropologue à l’université de Bordeaux, au sein du laboratoire Pacea (De la Préhistoire à l’actuel : culture, environnement et anthropologie).


Surmonter le biais de genre des fossiles néandertaliens


Toutefois, la plupart de ces analyses génétiques ont apporté une information partielle sur cette histoire évolutive car elles n’incluaient pas le chromosome Y, transmis exclusivement de pères en fils. Un manque qui s’explique par le registre fossile. En effet, parmi l’ensemble des restes néandertaliens et dénisoviens exhumés dans le monde, la plupart appartiennent à des femmes et les quelques spécimens mâles renferment une quantité d’ADN insuffisante pour une analyse fiable du chromosome Y. Au total, seule une courte séquence génétique du chromosome Y extraite d’un spécimen néandertalien de la grotte El Sidrón, en Espagne, a ainsi pu être analysée en 2016.

Mais ce qui relevait de la gageure hier est aujourd’hui possible. Une équipe internationale réunissant notamment des chercheurs de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutive de Leipzig (Allemagne) et du laboratoire Pacea, vient en effet mettre au point une nouvelle technique pour enrichir et amplifier le matériel génétique issu du chromosome Y (lire encadré plus bas). De quoi analyser des échantillons jusque-là inexploitables et reconstituer l’histoire des lignées paternelles ! Les paléogénéticiens ont ainsi pu séquencer le chromosome Y de deux Dénisoviens issus de la grotte de Denisova (Sibérie) et de trois Néandertaliens, respectivement issus des grottes El Sidrón (Espagne), Spy (Belgique) et Mezmaiskaya (Russie). En le comparant à celui des hommes modernes, ils se sont aperçus que le chromosome Y des Néandertaliens est en fait beaucoup plus proche génétiquement de celui des hommes modernes que celui des Dénisoviens.


Un résultat contre-intuitif


« Ce résultat vient confirmer une analyse publiée en 2018 sur l’ADN mitochondrial des Dénisoviens et des Néandertaliens », indique Isabelle Crevecœur, cosignataire de cette nouvelle publication et co-découvreuse du spécimen néandertalien de la grotte Spy utilisé dans l’étude. Si le chromosome Y permet de retracer l’histoire évolutive de la lignée paternelle, l’ADN mitochondrial (présent à l’extérieur du noyau cellulaire, au niveau des mitochondries) est quant à lui transmis exclusivement par la mère et permet donc de retracer l’histoire évolutive des lignées maternelles. Les chercheurs avaient ainsi pu établir que l’ADN mitochondrial des Néandertaliens était plus proche de celui des hommes modernes que de celui des Dénisoviens. Ce résultat contre-intuitif avait alors surpris la communauté scientifique dans la mesure où les Néandertaliens et les Dénisoviens sont génétiquement plus proches si l’on compare leur ADN nucléaire.

Un grand-père commun caché pour Sapiens et Néandertal

Comment l’expliquer ? En analysant le fossile du plus vieux Néandertalien connu – estimé à environ 400 000 ans – découvert dans la grotte Sima de los Huesos, en Espagne, les paléogénéticiens ont découvert que son ADN mitochondrial ressemble davantage à celui des Dénisoviens. « Cela suggère un remplacement total de l’ADN mitochondrial des Néandertaliens à la suite d’une hybridation tardive avec des populations à l’origine de l’homme moderne », estime Isabelle Crevecœur. Il en serait de même avec le chromosome Y. Selon les estimations des paléogénéticiens, celui-ci a été intégralement remplacé chez les populations néandertaliennes il y a 150 000 à 350 000 ans. Étant donné la faible variabilité génétique ainsi que la faible taille de population des groupes de Néandertaliens à cette époque (quelques dizaines d’individus), les chercheurs estiment que cette injection d'un chromosome Y moderne dans le pool génétique des Néandertaliens – ce que les généticiens appellent une introgression – a joué un rôle positif pour la survie en augmentant la variabilité génétique.

Quant à savoir quelle espèce leur aurait apporté ce « nouveau » chromosome Y, les paléoanthropologues restent très prudents et préfèrent raisonner en termes de « population » plutôt qu’en termes d’« espèce ». « Il y a 350 000 ans, il n’y avait pas d’hommes modernes ni en Europe ni en Afrique, souligne Isabelle Crevecœur. Cette proximité génétique entre le chromosome Y des Néandertaliens et celui des hommes modernes signifie donc qu’il a été apporté par des populations appartenant à la lignée à l’origine d’Homo sapiens. » Selon la scientifique, deux scénarios sont envisageables. Soit une population à l’origine de l’Homme moderne est sortie d’Afrique et est restée en Europe où elle s’est mélangée avec les Néandertaliens, soit il existait déjà une telle population à la fois en Afrique et en Europe au moment de ce mélange. Impossible toutefois de trancher dans l’état actuel des connaissances. En attendant, une prochaine pièce du puzzle pourrait bien venir de la grotte espagnole Sima de los Huesos et de l’analyse du chromosome Y de son ancien locataire, vieux de 400 000 ans (soit avant le remplacement du chromosome Y, estimé entre 150 000 et 350 000 ans). « Tout comme pour l’ADN mitochondrial, on s’attend à ce que son chromosome Y soit génétiquement plus proche de celui des Dénisoviens », conclut Isabelle Crevecœur. 


Source : CNRS du 16/11/2020

mardi 17 novembre 2020

Un crâne d’hominidé vieux de deux millions d’années découvert en Afrique du Sud

Un nouveau crâne découvert dans une grotte sud-africaine suggère que Paranthropus robustus, un ancien cousin humain, est passé par un processus de microévolution pour s’adapter aux changements de son environnement.

 

Nous sommes en juin 2018. Samantha Good, étudiante en anthropologie à l’Université de l’île de Vancouver (Canada), travaille sur une excavation dans le système de grottes de Drimolen, en Afrique du Sud. Soudain, elle tombe sur une dent. Intéressée, elle continue alors de creuser et tombe sur deux autres dents et un morceau de palais osseux. Elle alerte alors sa responsable, Angeline Leece, paléoanthropologue à l’Université La Trobe de Melbourne (Australie), qui constate la découverte. “Je pense que ma respiration s’est arrêtée pendant une seconde“, explique-t-elle.



Et pour cause, son étudiante était en train de déterrer les restes d’un crâne vieux de deux millions d’années de l’espèce Paranthropus robustus, notre ancien cousin humain connu pour ses “grandes dents” et son “petit cerveau”. Minutieusement reconstruit, ce crâne (sujet mâle) est le plus ancien et le mieux préservé trouvé à ce jour pour cette espèce qui évoluait à son époque avec Homo erectus, considéré comme un ancêtre direct d’Homo sapiens.

En outre, son analyse laisse à penser que cet ancien cousin a essuyé plusieurs facteurs de stress environnementaux qui ont entraîné sa microévolution. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Nature Ecology & Evolution.

Un crâne qui dénote

Plusieurs crânes de spécimens mâles P. robustus ont déjà été retrouvés dans une grotte à proximité (Swartkran). Tous étaient environ 200 000 ans plus jeunes que ce nouveau spécimen. D’un autre côté, jusqu’à présent, seuls des crânes femelles avaient été retrouvés dans le système de grottes de Drimolen. Nous pensions alors que seuls les mâles vivaient à Swartkrans, tandis que les femelles vivaient à Drimolen. En outre, il apparaissait que les mâles avaient des crânes plus imposants que ceux des femelles.

Toutefois, ce nouveau fossile étiqueté sous le nom de DNH 155 change la donne. En effet, il a d’une part été retrouvé dans les grottes de Drimolen. Et d’autre part, il présente la même taille que ceux des femelles retrouvées dans le même environnement. En réalité, “il semblerait qu’il y ait eu des mâles et des femelles à Drimolen, des mâles et des femelles à Swartkrans et que ceux de Drimolen étaient globalement plus petits“, résume ainsi Angeline Leece.

Une forme antérieure de l’espèce


En plus d’être plus petit que ceux des mâles P. robustus qui vivaient à Swartkrans, le crâne du DNH 155 indiquait que ses muscles à mâcher n’étaient également pas aussi forts que les leurs. D’après Jesse Martin, coauteur de cette étude, ces différences laissent à penser que le spécimen DNH 155 était plus petit, car il représentait une forme antérieure de l’espèce, appartenant à une population différente qui n’avait pas encore été soumise aux pressions environnementales qui favoriseraient des tailles de crânes plus grandes et des muscles de la mâchoire plus forts.

Selon les chercheurs, de tels changements morphologiques sont en effet probablement le résultat de l’adaptation de P. robustus à un climat changeant. À cette époque, l’Afrique du Sud, alors humide et luxuriante, commençait à proposer des conditions plus sèches et plus arides. Aussi, les membres de cette espèce ont évolué de manière à pouvoir se nourrir de plantes plus coriaces.


Source : SciencePost du 14/11/2020

Paranthropus

Cours de Jean-Jacques Hublin au Collège de France (5/6)

17/11/2020

https://www.college-de-france.fr/site/jean-jacques-hublin/course-2020-11-17-17h00.htm