vendredi 16 octobre 2009

Ardi, nouvel ancêtre de l'homme

La description de l'ardipithèque vient d'être achevée : elle confirme que ce primate arboricole qui marchait debout, comme un humain, est un ancêtre des australopithèques.

Cette reconstitution d'une femelle d'Ardipithecus ramidus montre un hominien arboricole aux bras puissants et longs (pour grimper), doté de quatre «mains» (pour s'accrocher aux branches), et qui avait aussi développé la station debout. Mais ce lointain ancêtre primate devait, pour marcher, rouler sur ses «mains» postérieures, pas encore des pieds.

Les grands singes actuels comportent les orangs-outangs, les gorilles, les chimpanzés, et les humains. Ces derniers ont un ancêtre commun avec les chimpanzés, à partir duquel divergent les hominidés, dont Toumaï (7 millions d'années), et les australopithèques (dont Lucy, 3,2 millions d'années), parmi lesquels une lignée gracile aurait donné le genre Homo, auquel appartient notre espèce. Or une équipe internationale d'une cinquantaine de chercheurs (dont cinq Français), coordonnée par Tim White, de l'Université de Berkeley, vient de publier une série d'études sur les caractéristiques et le mode de vie d'un nouvel hominidé, intermédiaire entre Toumaï et les australopithèques.

Des premiers fragments d'un squelette d'Ardipithecus ramidus avait été découverts par le Japonais Gen Suwa en 1992 près du village éthiopien d'Aramis. Puis l'Éthiopien Yohannes Hailé-Sélassié y a mis au jour une main – celle du squelette quasi complet d'«Ardi», une femelle, patiemment dégagé ensuite entre 1994 et 1997. La couche de silt qui contenait ces fossiles s'est déposée il y a 4,4 millions d'années, ce qui a été établi par l'analyse de radio-isotopes contenus dans les couches de tufs et de cendres volcaniques qui l'entourent. Cette découverte clef a été suivie de nombre d'autres ; aujourd'hui, l'équipe internationale qui étudie Ardipithecus ramidus dispose de 110 spécimens issus de 36 individus.

Les chercheurs ont tenté de reconstituer le mieux possible la biologie, l'environnement et le mode de vie d'Ardi. Le portait d'un hominidé parfaitement bipède, mais toujours arboricole, s'est dessiné. Si la partie inférieure du pelvis d'Ardi accueille les insertions des muscles puissants nécessaires pour grimper, sa partie supérieure montre qu'elle pouvait marcher droite sur ses deux jambes. Mais pour marcher, elle devait en quelque sorte faire rouler sur le sol la paume de ses pieds en forme de mains, c'est-à-dire des pieds dotés de pouces opposables. Quant aux mains, elles étaient conformées pour la flexion, ce qui traduit une adaptation à l'escalade et au déplacement dans les arbres ; leur structure suggère cependant qu'Ardi ne pouvait se suspendre à une branche durant plusieurs minutes par un seul bras, ce que font couramment les chimpanzés.

Cette description anatomique fait d'Ardi un animal intermédiaire dans la chaîne alimentaire de son milieu, à savoir des forêts claires. Ce milieu comporte de gros animaux – rhinocéros, bovidés, hyènes, etc. – et des petits – oiseaux, rongeurs, insectes, etc. Manifestement, Ardi et ses congénères pouvaient être chassés par des superprédateurs ou leur servir de charognes : certains des os retrouvés par les chercheurs portaient les traces de dents de tels prédateurs.

La dentition de l'ardipithèque suggère un régime omnivore. Comme tous les arboricoles, Ardi et ses congénères consommaient des fruits, mais ne pas négligeaient probablement pas les insectes, les graines, voire certaines feuilles... Et sans doute tentaient-ils à l'occasion de capturer un paon : Antoine Louchart, de l'École normale supérieure de Lyon, a déterminé que les paons représentaient 15 pour cent des oiseaux présents dans l'environnement d'Ardi, tandis que les perroquets en représentaient plus de 30 pour cent.

On peut aussi imaginer qu'Ardi et ses congénères mangeaient des charognes, mettant en œuvre des stratégies collectives pour repousser les hyènes, voire des prédateurs plus gros, comme le font les babouins aujourd'hui. Du reste, l'absence de canines hyper-développées chez les ardipithèques mâles montre que, contrairement aux gorilles ou aux chimpanzés, ils n'en avaient pas besoin pour affronter leurs concurrents. Cette constatation suggère fortement que l'organisation sociale des groupes d'Ardipithecus ramidus était davantage coopérative que fondée sur la hiérarchie entre mâles dominants.

Source : Pour la Science du 16-10-2009