vendredi 23 octobre 2009

Le plus vieil hominidé livre une partie de ses secrets

Des ossements fossiles datant de 4,4 millions d'années éclairent d'un jour nouveau l'histoire de nos ancêtres.
Ils ont mis le paquet et ont pris leur temps : 47 chercheurs, américains, éthiopiens, japonais, français, anglais et canadiens, publient aujourd'hui, dans la prestigieuse revue Science, les résultats de quinze années de recherche. Avec pas moins de onze articles consacrés à Ardipithecus ramidus, un hominidé qui vivait il y a 4,4 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui le rift de l'Afar, en Éthiopie. Même s'il existe quelques rares fossiles d'hominidés plus anciens, le squelette presque complet que l'équipe a reconstitué est le plus vieux jamais découvert et étudié à ce jour. Et il bouscule quelque peu ce que l'on croyait connaître des ancêtres des primates et de la lignée humaine.

Le squelette de la main de «Ardi».

L'histoire commence le 17 décembre 1992. Gen Suwa, étudiant dans l'équipe du paléoanthropologue Tim White, de l'université de Californie, découvre dans le désert, près du village d'Aramis, en Éthiopie, une dent fossilisée. Qui est très rapidement identifiée comme une molaire d'hominidé. L'équipe passe le site au peigne fin, le nez dans la poussière. Et trouve d'autres restes d'hominidés.

1,20 m pour un poids de 50 kg

Mais il faudra attendre 1995 pour qu'un étudiant éthiopien de l'équipe de Tim White, Yohannes Hailé Selassié, découvre deux os appartenant à une main. Qui seront suivis d'os du pelvis, de la jambe, de la cheville, du pied… Finalement, un squelette presque complet est déterré. Qui sera surnommé Ardi, son nom provenant des mots afars signifiant «racine» et «terre».

En tout, moins d'une demi-douzaine de squelettes de plus d'un million d'années ont été retrouvés à ce jour. Le plus ancien (40 % du squelette complet) était jusqu'à présent celui de Lucy (3,2 millions d'années), l'australopithèque découverte en 1974 par Donald Johanson, Maurice Taïeb et Yves Coppens, à 75 kilomètres du lieu où Ardi l'a été vingt ans plus tard. L'histoire se répète puisque Ardi est également de sexe féminin. La belle mesurait 1,20 m pour un poids de 50 kg. Les reconstitutions effectuées, avec beaucoup de difficultés car les os fossiles étaient très fragiles et friables, montrent qu'elle avait un cerveau assez petit, plus encore qu'une australopithèque, de l'ordre de celui d'un singe bonobo. Qu'elle avait un museau prononcé, faisant effectivement penser aux singes, mais qu'elle avait des traits différents d'eux. Ardi était, selon les chercheurs, capable de se balancer de branche en branche avec ses quatre membres, mais également de marcher debout sur ses «jambes».

«Pour la première fois, on voit qu'il y a un nouveau type d'hominidé, qui n'est ni Australopithecus, ni Homo», assure Michel Brunet, du Collège de France. Ardi présente un mélange des traits «primitifs» de ses ancêtres et de traits «dérivés» que l'on retrouve chez les hominidés ultérieurs. On pensait, jusqu'à Ardi, que le chimpanzé et les autres grands singes modernes étaient plus proches que nous de nos ancêtres communs. Il semble qu'il n'en soit rien. Les hominidés et les singes africains ont suivi des chemins évolutifs distincts. Et il faudra remonter encore d'au moins deux millions d'années en arrière pour trouver l'ancêtre commun aux hommes et aux autres primates.

Ardi n'est pas le seul «succès» de ces fouilles. En plus de ce squelette et de 110 os fossiles provenant d'au moins 36 autres individus Ardipithecus, 150 000 spécimens provenant d'animaux et de plantes datant de cette époque ont été exhumés. Dont 29 espèces d'oiseaux, étudiées par des chercheurs français, qui ont trouvé des espèces encore inconnues. Tout comme de petits mammifères, avec une vingtaine de nouvelles espèces de chauves-souris, de rongeurs et d'autres petits carnivores.

Source : Le Figaro du 23/10/2009