vendredi 2 octobre 2009

Portrait-robot d'un nouvel hominidé


Après Toumaï et avant Lucy, vivait en Afrique Ardipithecus ramidus. Sa description, qui vient d’être publiée, fournit un nombre considérable de données sur les hominidés, en particulier sur leur marche.

« C’est une découverte du même ordre que celle de Lucy en 1974, explique José Braga, de l’université Paul Sabatier à Toulouse, sauf que le squelette est plus complet et qu’il est plus ancien de 1,2 millions d’années. » Et c’est une découverte qui s’est faite attendre : pour décrire les 110 ossements d’Ardipithecus ramidus, un hominidé de 4,4 millions d’années, quinze ans d’un long travail de tri des ossements, de reconstruction minutieuse par ordinateur ont été nécessaires à l’équipe menée par Tim White, de l’université de Berkeley en Californie. Les onze articles publiés aujourd’hui dans la revue Science sont à la mesure de l’ampleur de la tâche.

Pour la première fois, on peut décrire très précisément comment un hominidé ancien se déplaçait, car toutes les parties du corps sont représentées : crâne, bassin, os des jambes et du bras, mains et pieds quasi complets. Première constatation : Ardipithecus ramidus grimpait probablement aux arbres, car son gros orteil est mobile par rapport au reste des doigts de pieds, comme chez les singes. En revanche, il ne se balançait pas de branche en branche comme ces derniers, car, comme nous, sa paume et ses doigts sont trop courts, ses mains et ses poignets trop souples pour cela. Il s’y déplaçait probablement à quatre pattes. L’analyse des os de ses mains montre qu’alors il s’appuyait sur ses paumes comme beaucoup de singes, et non sur les poings comme le chimpanzé ou le gorille.

Était-il bipède ? Le trou où s’encastre la colonne vertébrale d’Ardipithecus ramidus est plutôt orienté vers le bas, ce qui semble indiquer qu’il se tenait debout. À partir des os du bassin, les anthropologues ont aussi montré qu’Ardipithecus avait, comme les hommes, des muscles qui l’empêchaient de se déhancher dangereusement en marchant. Conclusion : il pouvait marcher dans cette position.

La bipédie d’Ardipithecus n’est pas à proprement parler une surprise. Deux des trois fossiles plus anciens que cette espèce, Orrorin tugenensis (6 millions d’années) et Sahelanthropus tchadensis (7 millions d’années), en montraient déjà des signes. Quant à la bipédie des australopithèques, plus récents, elle est assez bien connue. En revanche, les fossiles d’Ardipithecus ramidus semblent sonner le glas d’une hypothèse très en vogue chez les paléoanthropologues : l’existence de grandes différences entre mâles et femelles. Chez les australopithèques, par exemple, certains squelettes nettement plus petits que les autres sont interprétés comme des femelles. On se fonde pour cela sur la situation qui prévaut aujourd’hui chez le gorille par exemple. Les mâles sont en forte compétition pour l’accès aux femelles, et une haute taille leur procure un avantage évolutif.

Or, outre ce squelette d’Ardipithecus très complet, les paléontologues ont retrouvé les restes de 35 individus qui vivaient à peu près la même époque, séparés au plus par 10 000 ans. Autrement dit, fait sans précédent, les chercheurs possèdent un instantané de la diversité au sein d’une même espèce. Et concernant la taille, il n’y a pas de différences significatives, alors qu’il est à peu près sûr que les deux sexes sont représentés. Difficile de croire que des différences importantes n’aient été présentes que chez les australopithèques, alors qu’elles n’existent ni avant ni après. « En d’autres termes, explique José Braga, des australopithèques considérés comme mâle et femelle appartiennent peut-être en fait à des espèces différentes. Il va falloir réanalyser un certain nombre de fossiles.»

Source : La Recherche du 02-10-2009