dimanche 1 novembre 2009

Ardi n'était ni chimpanzé ni humain

Dix-sept ans après sa découverte en Ethiopie, «Ardipithecus ramidus», le fossile d'hominidé âgé de 4 à 5 millions d'années, est enfin décrit au complet. Portrait.

Elle crapahutait en Afrique de l'Est, près d'un million d'années avant Lucy l'australopithèque... Bienvenue à «Ardi» l'ardipithèque, une femelle hominidé datée de -4,4 millions d'années, riche d'informations médites, grâce à son squelette, le plus ancien connu pour un hominidé. De Tournai'(-7 millions d'années) on ne connaît en effet que le crâne, d'Orrorin (-6 Ma), trois fémurs, un humérus et quelques dents. Ardipithecus ramidus (son nom savant), autrement plus complet, «ne ressemble à rien de ce à quoi nous nous attendions», selon son découvreur éthiopien Gen Suwa. Avec sa mise au jour en 1992, les chercheurs ont pensé tenir l'ancêtre des Homo, ou celui des grands singes, voire le «graal» de la paléontologie humaine : l'ancêtre commun aux deux lignées... Patatras ! après dix-sept ans d'analyses et l'exhumation de 36 individus au total, Ardi a été classée dans un genre nouveau, éloigné, situé sur une lignée voisine de celle des australopithèques : «Ni chimpanzé ni humain, elle nous rapproche comme jamais auparavant de l'ancêtre commun aux singes et à l'homme et nous permet vraiment d'imaginer ses traits», assure le paléoanthropologue américain Tim White (université de Californie, Berkeley).

Portrait.1,20 m pour 50 kilos
- Une petite tête : le volume de sa boîte crânienne, 300 à 350 cm3, est comparable à celui d'un bonobo, plus petit que celui d'un australopithèque (400 à 550 cm3, contre 1500 cm3pour Y Homo sapiens actuel).
- Un régime varié : ses dents à l'émail peu épais suggèrent un régime frugivore et omnivore, à l'exclusion des aliments coriaces et abrasifs (comme les noix).
- Une locomotion bipède et arboricole : son bassin et ses pieds rigides étaient ceux d'un bipède, mais elle était incapable de courir, ses voûtes plantaires n'étant pas arquées. Elle progressait aussi sous le couvert forestier grâce à ses paumes et à ses pieds aux pouces opposables. Au vu de ses bras et poignets, elle ne pouvait ni se suspendre dans les arbres, comme les orangs-outangs, ni marcher sur les phalanges de la main, comme les chimpanzés. De tels traits, loin d'être primitifs, seraient donc des adaptations apparues plus tardivement chez les grands singes.
- Enfin, des moeurs paisibles : il n'y a pas de différence marquée entre les femelles et les mâles ardipithèques, ces derniers étant même dépourvus de canines surdéveloppées, comme les chimpanzés. Le dimor- phisme sexuel, aiguisé par la compétition et la sélection sexuelle, serait donc apparu plus tard.

Source : Sciences et Avenir de novembre 2009