lundi 14 décembre 2009

Un «chaînon manquant» disparaît


En mai dernier à New York, un fossile baptisé « Ida » était présenté en grande pompe comme un possible ancêtre commun aux grands singes et à l’homme. Une nouvelle étude réfute cette affirmation.

Darwinius masillae, alias « Ida ». Âgé d’environ 47 millions d’années, ce fossile remarquablement bien conservé de jeune femelle primate aura fait couler beaucoup d’encre à travers le monde. Les paléontologues qui l’ont étudié l’ont en effet présenté en mai dernier, à grand renfort de publicité, comme un « chaînon manquant » dans le processus évolutif qui a conduit à l’homme. Une présentation complétée par une publication un peu plus réservée . Mais la polémique a immédiatement fait rage sur cette interprétation . Une nouvelle étude menée par une équipe américaine enfonce le clou.

Conduite par Erik R. Seiffert, de l’université Stony Brook à New York, cette dernière affirme en effet que Darwinius masillae n’est pas un ancêtre des anthropoïdes ; il ne s’inscrit donc pas dans la lignée ayant conduit à l’homme. « Selon leurs résultats, qui semblent faire consensus, Ida n’est qu’un “simple” représentant des adapiformes, explique Laurent Marivaux, de l’institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Il s’agit d’un groupe de primates ayant vécu durant l’Éocène, il y a 55 à 34 millions d’années, et dont les représentants actuels sont les lémuriens et les loris. Remise sur le devant de la scène par la présentation d’Ida, l’hypothèse selon laquelle les anthropoïdes se seraient enracinés au sein des adapiformes est invalidée par cette étude. »

Pour parvenir à cette conclusion, les paléontologues américains se sont fondés sur l’examen approfondi de la dentition et de l’os de mâchoire d’Afradapis longicristatus, autre adapiforme, vieux d’environ 37 millions d’années et découvert en Égypte. Ils ont ensuite examiné et comparé 360 caractères morphologiques chez 117 primates actuels et éteints, dont Ida et Afradapis longicristatus. Selon cette analyse phylogénétique poussée, les auteurs sont formels : les adapiformes ne font pas partie des ancêtres des anthropoïdes. Quant aux deux fossiles en question, ils se situeraient dans une branche n’ayant pas laissé de descendants connus.

Certains caractères des adapiformes présentent toutefois des ressemblances avec ceux des anthropoïdes, notamment au niveau de la dentition « Ces caractères seraient nés indépendamment dans les deux groupes à la suite d’une même pression de l’environnement, peut-être une similitude de régime alimentaire. C’est ce qu’on appelle des convergences adaptatives, explique Laurent Marivaux. Quant à l’os astragale de la cheville d’Ida, son état et les analyses réalisées ne permettent pas de le rapprocher de celui d’anthropoïdes, contrairement à ce qu’en disent ses promoteurs. » Ces derniers maintiennent toutefois leur analyse selon laquelle ce fossile est plus proche des singes et des grands singes que des lémuriens.

Source : La Recherche du 14 décembre 2009