lundi 25 janvier 2010

Le premier amputé de France


Quand Cécile Buquet-Marcon et Anaïck Samzun de l'INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) découvrent ce squelette à Buthiers-Boulancourt (70 km au sud de Paris), elles remarquent aussitôt qu'il manque un os. L'homme qui gisait là depuis près de 7.000 ans n'avait plus d'avant-bras gauche. Elles ont eu beau fouiller partout dans la tombe plutôt vaste : rien, sinon le squelette d'un mouton ou d'une chèvre. Elles ont alors regardé de plus près l'humérus raccourci pour constater avec stupéfaction que l'os semblait avoir été sectionné volontairement. Incrédules, les deux archéologues font appel à un expert en paléopathologie, lequel ne s'est pas fait prier pour accourir voir la merveille. Il ne peut que confirmer la supposition des deux femmes : l'homme d'âge mur gisant ici a fait l'objet d'une amputation quelques mois ou quelques années avant sa mort. Sans doute à la suite d'un accident. La coupure est nette et l'os présente plusieurs traces de cicatrisation et aucune d'infection profonde. "Autant on a trouvé plusieurs centaines de trépanés datant du néolithique, autant les amputés se comptent sur les doigts d'une main", note Jean-Pierre Demoule, ancien président de l'INRAP et grand spécialiste du néolithique européen. Il faut donc croire que les chamans de cette époque avaient quelques notions de médecine et d'asepsie. Ce que certains chirurgiens d'aujourd'hui feraient bien de méditer...

Source : Le Point du 14/01/2010