lundi 1 février 2010

La nouvelle histoire de l'Homme

Reconstitué, consolidé, méticuleusement analysé, Ardipithecus ramidus, vieux de 4,4 millions d'années, nous amène aujourd'hui à réécrire en partie l'histoire de l'évolution de l'Homme et du chimpanzé, notre plus proche parent vivant.

Depuis une quinzaine d'années, régulièrement, nous interrogions Tim White, de l'université de Californie : présenterait-il bientôt les fossiles exceptionnels d'hominidés qu'il avait découverts, avec son équipe, en Ethiopie ? Accepterait-il d'en parler ? Ces paléoanthropologues avaient en effet créé en 1995 l'espèce Ardipithecus ramidus, à partir de fragments osseux et de dents datés de 4,4 millions d'années. C'était à l'époque le plus ancien hominidé connu. Et, dans les années suivantes, l'information avait diffusé dans le cercle des spécialistes : la même équipe avait également retrouvé un squelette très complet de la même espèce. Mais, imperturbablement, Tim White répondait à chaque fois que les restes étaient très fragmentés, très fragiles, que son équipe devait encore travailler, et qu'il était trop tôt pour en dire quoi que ce soit.

Notre patience a été récompensée : dans le numéro de février de La Recherche, Tim White et ses collègues présentent Ardi, le squelette d'hominidé ancien le plus complet connu. Le crâne et sa denture, les avant-bras, les mains, le bassin, une jambe et les pieds : il est plus complet que la célèbre Lucy, trouvée en 1974 à Hadar, 75 kilomètres plus au Nord. Trois mois après la publication scientifique pour les spécialistes, dans un épais dossier de la revue scientifique américaine Science, il nous a en effet semblé nécessaire de refaire le point sur ce que nous savons (et sur ce que nous ne savons pas) de l'histoire de l'homme et de ses ancêtres.

Car les informations apportées par l'analyse du squelette d'Ardi, des restes de 36 de ses congénères retrouvés dans le même secteur et de tous les éléments de faune et de végétation fossiles qui les accompagnaient obligent les paléontologues à reconsidérer les premières étapes de l'histoire des hominidés. Ardi, en particulier, apporte un éclairage nouveau sur l'émergence de la bipédie. Celle-ci aurait été favorisée par le comportement social, les mâles transportant de la nourriture afin de la partager avec les femelles, plus que par l'environnement, comme beaucoup le pensaient.

Source : La Recherche du 25/01/2010