mardi 2 mars 2010

4000 ans et pas une ride

À partir d'un ADN de cheveu, une équipe internationale est parvenue à reconstituer le phénotype d'Inuk, un homme qui vivait au Groenland il y a 4 000 ans.

Inuk, des cheveux, une gueule


Il a l'air bien quelconque, ce cheveu pris au microscope électronique. Et pourtant, grâce à lui, une équipe internationale est parvenue à reconstituer les caractéristiques morphologiques d'Inuk*, un individu vieux de 4 000 ans et qui aurait appartenu à la culture de Saqqaq, l'une des plus anciennes civilisations groenlandaises.

Pour en arriver là, les chercheurs ont extrait et analysé l'ADN de cheveux retrouvés dans le permafrost du Groenland et l'ont comparé à celui de populations humaines vivantes. Conclusion : le gaillard des glaces avait la peau mate, les yeux marrons, une propension à la calvitie, un groupe sanguin A+ et les oreilles gorgées de cérumen… sec. Excusez du peu.

Une pluie de premières

Jamais description aussi précise d'un aïeul n'avait pu être réalisée. Une première qui en cache plein d'autres car ce résultat découle en fait du premier séquençage de génome d'un homme ancien. Les essais précédents, effectués dès les années 1980 à partir de tissus ou de peaux humains (prélevés par exemple sur des momies égyptiennes) s'étaient tous soldés par un échec. Et ce, en grande partie à cause du problème de contaminations de l'ADN humain par celui de bactéries et champignons qui se nichent dans le corps après la mort.

Il aura fallu attendre 2008 et des résultats obtenus sur des poils de mammouth pour que la solution s'impose aux chercheurs. Et pour cause : si l'on pouvait extraire l'ADN d'un poil de pachyderme, il devait être possible de faire la même chose avec un cheveu humain. Moins de deux ans auront été nécessaires pour confirmer cette hypothèse, séquencer le génome d'Inuk et faire parler ce dernier.


Une origine surprenante

Et il en avait des chose à dire, ce génome. Car en comparant l'information génétique d'Inuk à celle de populations humaines vivant aux quatre coins du monde, les chercheurs ont non seulement reconstitué certains traits morphologiques de l'individu mais aussi retracé son histoire généalogique. Les résultats montrent que, d'un point de vue génétique, Inuk était plus proche des actuelles populations de l'est de la Sibérie (Nganasan ou Chukchis) que des Indiens d'Amérique. Ainsi, contrairement à ce qui était admis jusque-là, le groupe pré-eskimau d'Inuk serait venu de Sibérie et non d'Amérique. Cette migration aurait eu lieu il y a environ 5 500 ans. Des Chukchis auraient alors quitté l'est de la Sibérie pour fonder la culture de Saqqaq.

Source : Science Actualité du 12/02/2010