samedi 27 mars 2010

Un nouveau type d'hominidé démasqué par son ADN

Grâce au séquençage du matériel génétique contenu dans un petit bout d'os, des chercheurs allemands ont découvert en Sibérie un nouvel hominidé qui vivait il y a 40.000 ans : l'Homme de Dénisova.

La paléoanthropologie vit une petite (r)évolution. Une équipe de chercheurs allemands a mis la main sur une troisième espèce d'hominidé contemporaine de l'Homo Sapiens (c'est-à-dire la nôtre). Appelé provisoirement Homme de Denisova, le nouveau venu, découvert en Sibérie sur les hauteurs de l'Altaï, s'ajouterait au Néandertal, qui vivait en Europe, et à l'Homme de Flores, découvert en Indonésie en 2003. Compte tenu de sa localisation géographique, il aurait même pu côtoyer de très près le Sapiens et le Néandertal il y a environ 40.000 ans ! La famille des hommes semblerait donc avoir été beaucoup plus diverse qu'on ne l'avait cru jusqu'à présent.

Terence Brown, professeur à l'Université des sciences humaines de Manchester s'enthousiasme dans un commentaire publié sur le site Nature.com. «Cette découverte n'est pas simplement remarquable dans la vision nouvelle qu'elle nous apporte de l'histoire de l'Homme, mais aussi parce que, pour la première fois, un hominidé est décrit uniquement par le séquençage de son ADN.»

Oublié le cliché de l'homme entier pris dans la glace. Oubliée l'idée du squelette ou du crâne fossilisés retrouvés dans une grotte obscure. Cette fois-ci, c'est un simple fragment d'une phalange de petit doigt retrouvé en 2008 qui est la source de toute cette agitation. «Pour un paléontologue de terrain, comme moi, un petit doigt, ce n'est pas grand-chose, confie Michel Brunet au Figaro.fr, détenteur de la chaire de paléontologie humaine au Collège de France. Je ne saurais même pas bien à quelle espèce d'Hominidé l'attribuer.»
«Nous n'avons jamais rien vu de tel»

Les phylogénistes moléculaires (*) de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutive, eux, n'en demandaient pas tant. Il leur a suffi d'un peu d'ADN bien conservé pendant 40 000 ans dans le froid sibérien pour déterminer l'espèce à laquelle appartenait ce tout petit bout d'homme. Ou plutôt pour se rendre compte qu'il n'appartenait à aucune espèce connue. Le directeur de l'Institut, Svante Paabo, qui co-signe la publication parue en ligne hier dans Nature, n'en revient toujours pas. «Nous n'avions jamais rien vu de tel sur nos écrans», confie-t-il. L'auteur principal de l'étude, Johannes Krause, renchérit : «Cette séquence ressemblait à quelque chose d'humain tout en restant très différente.» L'Homme de Denisova était né.

Michel Brunet préfère toutefois ne pas s'emballer trop vite. «Il est urgent de prendre son temps, explique-t-il. S'ils étaient des collègues de mon équipe de recherche, je les enverrais immédiatement sur le terrain pour tenter de trouver de nouveaux ossements afin de confirmer cette intéressante nouvelle. Cela ne veut pas dire que je n'ai pas confiance dans ce travail : Svante Paabo est sans nul doute parmi les plus grands spécialistes au monde dans son domaine. Mais en attendant ces nouvelles découvertes, il est sans doute préférable de rester prudent.»

On se rappelle les polémiques récurrentes apparues après la découverte récente, en 2003, de l'Homme de Flores. Nul doute que l'arrivée de ce quatrième protagoniste découvert de manière peu orthodoxe devrait à son tour alimenter les débats au sein de la communauté des paléontologues.

(*) La phylogénie moléculaire consiste à comparer des gênes dans le but d'établir des classifications d'espèces.

Source : Le Figaro du 25/03/2010