jeudi 15 avril 2010

L'Afrique australe livre deux nouveaux australopithèques

Il y a tout juste deux semaines, une nouvelle espèce humaine, vieille de 40 000 ans, était suggérée sur la foi d'analyses génétiques. La paléontologie "à l'ancienne" démontre aujourd'hui brillamment que l'heure n'est pas pour autant venue de l'enterrer : la revue Science présente, dans son édition du 9 avril, deux nouveaux fossiles d'australopithèques, trouvés dans une grotte en Afrique du Sud et vieux de presque deux millions d'années - bien trop anciens pour être accessibles aux outils de la génétique.

Les fossiles partiels découverts par l'équipe de Lee Berger, de l'université Witwatersrand en Afrique du Sud, ont conduit à la définition d'une nouvelle espèce d'australopithèques, baptisée Australopithecus sediba - sediba signifie fontaine ou source dans la langue sesotho parlée en Afrique du Sud. Cette dénomination a été choisie parce que les chercheurs font l'hypothèse que les deux hominidés ont été noyés par une brusque montée des eaux dans une caverne où ils seraient venus se désaltérer.

L'étude des ossements révèle l'aptitude de ces préhumains, hauts d'à peine 1,20 mètre, à une bipédie plus humaine que celle des australopithèques, mais aussi leur caractère arboricole. Elle suggère aussi que l'individu le plus jeune (âgé d'une dizaine d'années), aux membres plus robustes, devait être un mâle, tandis que l'adulte plus gracile était probablement une femelle.

Forte diversité

Comment placer ces deux nouveaux venus dans l'arbre généalogique des hominidés ? "Il n'est pas possible de déterminer leur position phylogénétique précise, répond Lee Berger. Cette nouvelle espèce partage plus de traits dérivés avec les premiers Homo qu'avec toute autre espèce connue d'australopithèques. Elle représente un candidat pour l'ancêtre de ce genre ou un groupe frère d'un ancêtre proche qui a persisté un moment après l'apparition des premiers Homo."

Difficile d'en faire un ancêtre de la branche humaine : les premiers Homo étaient déjà apparus 500 000 ans plus tôt. "La diversité des hominidés anciens proches de notre lignée est plus forte que certains ne l'avaient envisagé", commente Brigitte Senut du Muséum national d'histoire naturelle, réjouie de voir l'attention se focaliser "sur l'Afrique australe, souvent marginalisée dans les scénarios paléontologiques". Selon elle, une course à l'"Homo le plus ancien" a pu conduire à des attributions hâtives. L'heure pourrait venir de reclasser certains fossiles dans le genre Australopithecus. "A. sediba pourrait contribuer à de telles révisions", estime lui aussi Pascal Picq, du Collège de France.

Source :  Le Monde du 09/04/2010