samedi 8 mai 2010

L'homme de Neandertal dévoile son génome

L'humanité actuelle recèle quelques gènes de son cousin disparu.

Il est maintenant prouvé que nous avons en nous, les hommes dits modernes, quelque chose de l'homme de Neandertal. Une équipe internationale (56 personnes) a réussi à décrypter près de 60% du génome de ce «cousin» à partir de prélèvements d'os datant de quelque 40 000 ans trouvés, il y a une vingtaine d'années, dans une grotte de Croatie. Et il apparaît que de 1 à 4% de notre propre génome pourrait provenir des néandertaliens.

Neandertal est notre plus proche parent du point de vue évolutif. Apparu il y a 450 000 ans, il a peuplé l'Eurasie (Europe et ouest de l'Asie). Puis il a disparu, il y a 25 000 à 30 000 ans au moment où l'homme moderne, celui que l'on appellera Cro-Magnon, commençait son expansion à partir de l'Afrique. Quelques analyses d'un ADN dit mitochondrial avaient déjà été réalisées. Mais aujourd'hui, c'est sur de l'ADN dit nucléaire, issu du noyau des cellules, que les analyses ont été conduites. Comme pour l'établissement d'une empreinte génétique.

L'équipe dirigée par Svante Pääbo, de l'Institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne) a donc montré que Homo neanderthalensis et Homo sapiens se sont croisés et côtoyés au Moyen-Orient avant que le plus ancien ne disparaisse.
Est-ce important ? «Mais enfin bien sûr, s'enthousiasme Évelyne Heyer, professeur en anthropologie génétique au Muséum national d'histoire naturelle dans un laboratoire associé au CNRS. Il s'agit de savoir d'où nous venons, qui nous sommes vraiment!»

Les travaux, publiés aujourd'hui dans la revue américaine Science, montrent tout d'abord, pour la première fois, qu'il est possible d'analyser au moins en partie de l'ADN de noyau cellulaire, vieux de plusieurs dizaines de milliers d'années, avec d'infinies précautions et une technologie hors norme. «Si quelqu'un avait prétendu il y a dix ans pouvoir le faire, personne ne l'aurait cru, continue Évelyne Heyer. C'est un travail génial, magique, qu'ont réalisé Svante et son équipe. »

Ils ont ensuite pu comparer les séquences d'ADN néandertaliennes à celles de cinq humains actuels: un Africain du Sud, un Africain de l'Ouest, un Papou, un Chinois et… un Français. Les comparaisons montrent que le génome néandertalien est plus proche de celui des non-africains modernes.

Ils ont aussi exploré les possibilités pour remonter à l'ancêtre commun des deux lignées d'hominidés et confectionné un catalogue des caractéristiques génétiques présentes chez l'homme moderne, mais pas chez ceux de Neandertal ou chez les grands singes.

Ils ont également tenté de voir ce qui dans ces différents génomes pouvait expliquer la naissance d'Homo sapiens. Et ils ont trouvé que les régions de l'ADN qui présentaient le plus de variations, c'est-à-dire celles qui avaient permis la «meilleure» évolution, concernaient des gènes du développement cognitif et mental, du crâne ou de la cage thoracique­.

Prudence

«Même si cette première est formidable, tempère Évelyne Heyer, il faut prendre les hypothèses émises par ces chercheurs avec prudence. Certains aspects techniques, comme la longueur des fragments d'ADN analysés, sont à mon avis un peu “légers”. Donc, toutes les conclusions sur les différences ou ressemblance entre Neandertal et l'homme moderne n'ont pas toutes la même valeur . Il faudra que d'autres analyses du même type soient faites, peut-être par d'autres approches, pour vraiment y voir clair.»

Sera-t-il possible un jour de réaliser de telles analyses sur des hominidés encore plus anciens comme les australopithèques? « Sans doute pas, regrette Évelyne Heyer. Car à partir du moment où toutes les parties organiques sont fossilisées, l'analyse devient impossible.» Mais ces analyses génétiques de Neandertal devraient permettre de mieux le connaître, le décrire et le faire «parler».

Source : Le Figaro du 07/05/2010