vendredi 14 mai 2010

Nos gènes hérités de Neandertal

Les scientifiques avaient longtemps polémiqué : oui ou non, Sapiens et Neandertal avaient-ils pu - au cours des dizaines de millénaires de cohabitation avant la disparition du second - se croiser sexuellement, et avoir en commun des descendants féconds ? Cette question cruciale vient semble-t-il d'être tranchée, et la réponse est : oui ! Une volumineuse étude internationale, publiée dans «Science» le 7 mai, dirigée par le Suédois Svante Pääbo - le pape en la matière -, conclut à la persistance, chez le moderne Sapiens, de 1 à 4% de gènes provenant de Neandertal. Le génome de ce dernier a pu être en bonne partie reconstitué, grâce à l'ADN extrait de fragments fossiles d'ossements exhumés dans la grotte de Vindiglia, en Croatie. Puis une comparaison a été faite avec les génomes de cinq humains aujourd'hui vivants : un Africain du Sud, un Africain de l'Ouest, un Papou, un Chinois et un Français. Seuls les deux Africains sont dépourvus des gènes néandertaliens, présents dans les génomes des trois autres. «Nous pouvons désormais dire que, selon toute vraisemblance, il s'est produit un transfert de gènes entre les Néandertaliens et les humains », conclut le professeur Richard Green, membre de la vaste équipe de Pääbo. Par des raisonnements complexes, les chercheurs estiment que les croisements, rares, se sont produits il y a environ 80 000 ans, au Proche-Orient, quand les hommes modernes venus d'Afrique ont rencontré les Neandertal installés les plus au sud. Cette hybridation démontre que les deux espèces - issues, avec le chimpanzé, d'un ancêtre commun dont elles ont divergé il y a 400 000 ans - étaient demeurées interfécondes. Pourtant le croisement ne s'est pas reproduit par la suite, alors qu'en Europe la cohabitation s'est poursuivie jusqu'il y a 35 000 ans. Ainsi, après avoir répondu à une question essentielle, la découverte de l'équipe de Svante Pääbo en ouvre bien d'autres. Notamment celle-ci : pourquoi diable Neandertalensis un autre «singe» si proche qu'on pouvait lui faire des enfants - a-t-il bien pu disparaître ?

Source : Le Nouvel Observateur du 12/05/2010