mardi 13 juillet 2010

Grâce à l'homo erectus, le village de Tautavel suscite un intérêt mondial

La découverte du crâne d'un homme préhistorique à Tautavel (Pyrénées-Orientales) a apporté une prospérité inattendue à ce petit village niché dans les Corbières, où affluent touristes, chercheurs et étudiants-paléontologues du monde entier.

Une cité universitaire, un complexe sportif et même un palais des congrès de 600 places : les 980 habitants de ce village de viticulteurs récoltent encore les fruits de la trouvaille du professeur Henry de Lumley.

En 1971, ce célèbre préhistorien découvre dans la grotte ou "Caune" de l'Arago, qui surplombe le village, un crâne vieux de 450.000 ans: celui d'un homo erectus européen baptisé dès lors "Homme de Tautavel". Jusqu'à récemment, il était le plus ancien jamais retrouvé en Europe.

Depuis, ce paisible village situé à 20 km de Perpignan a vu naître un musée, visité par 80.000 à 100.000 touristes français et étrangers par an.

Un Centre européen de recherches préhistoriques (CERP) a également éclos, en 1992. Une trentaine de personnes y travaillent, parmi lesquelles des chercheurs français mais aussi canadiens ou italiens.
Attirés par la renommée du site, ces derniers disposent au sein du laboratoire du CERP d'un équipement de pointe pour étudier les pièces fragiles et déterminer la composition des minéraux, dans le but de reconstituer et d'interpréter les modes de vie des premiers habitants de l'Europe.

Certains enseignent à la vingtaine d'étudiants en master et doctorants français, sud-coréens, américains et turcs, rattachés à l'université de Perpignan. C'est pour héberger ces derniers qu'une cité universitaire constituée de 21 appartements a été construite.

A Tautavel, les futurs paléontologues ont accès à 400.000 objets coordonnés issus de la Caune de l'Arago, dont 127 restes humains, ainsi qu'à des milliers d'échantillons de sédiments rapportés des différentes missions du CERP.

A trois kilomètres du village, en hauteur, les fouilles commencées en 1964 dans la Caune de l'Arago se poursuivent. D'avril à août, des bénévoles affluent pour y participer. "Sur le CV, ce n'est pas négligeable de pouvoir mettre qu'on a participé aux fouilles de l'Arago, c'est pour ça que ça attire des gens du monde entier", explique Vincenzo Celiberti, paléontologue.

Joeum et Dasom, sud-coréennes étudiant l'histoire, sont venues passer un mois sur le chantier, tout comme Eudes, un Poitevin de 18 ans, étudiant en biologie.

"Tautavel reste un site de référence dans le monde, même si des restes plus anciens ont été retrouvés en Espagne", indique le chercheur italien.

Depuis quelques années, des collégiens et lycéens américains en voyage d'études en Europe font une halte à la grotte. "Ils visitent Rome, Florence, Barcelone... et Tautavel", s'amuse Vincenzo Celiberti.

A l'entrée du village, les restaurants ont fleuri. Il y a 30 ans, il n'en existait aucun, aujourd'hui, on en compte dix.

"La découverte de l'Homme de Tautavel a bouleversé le village", témoigne Marie-Régine Merle des Isles, administrateur du centre de recherche. "Il y a quelques années, l'école de Tautavel devait fermer faute d'effectifs. Elle est restée ouverte grâce aux enfants des chercheurs."

De 650 il y a 30 ans, la population est passée à 980 habitants. "L'image de marque de Tautavel dans le monde entier a aussi permis à de nombreux viticulteurs tautavellois de mieux vendre", ajoute Guy Ilary, maire de Tautavel depuis 1978.

Seule inquiétude : depuis quelques années, la fréquentation du musée, qui atteignait 300.000 visiteurs il y a dix ans, est en baisse. Sa modernisation, voulue pour 2014, ne fera que renforcer l'attrait pour Tautavel.

Source : Google News du 10/07/2010