lundi 12 juillet 2010

Il y a 800.000 ans, les 1ers immigrés arrivaient en Europe du Nord

Des découvertes archéologiques britanniques effectuées près de Happisburh et datant d’il y a 800 000 ans, témoignent de l’adaptation des premiers hommes aux frimas de l'Europe du Nord quelque 100.000 ans plus tôt que ce qu'on croyait possible jusque là. Cette étude, publiée dans la revue Nature, a été réalisée par une équipe de scientifiques et d'archéologues financée par le British Museum.

Un site archéologique britannique situé dans le Norfolk, à l’est du pays, a permis de mettre à jour 78 outils et éclats de silex attestant de la présence humaine en Grande-Bretagne, ce qui en fait la plus ancienne implantation connue dans le nord de l'Europe.

Tous les sites archéologiques étudiés jusqu'à présent en Europe et en Asie ayant des traces de présence humaine pendant la période du Pléistocène (il y a 1,8 million d'années à 780.000 ans) se trouvaient sous le 45e parallèle, laissant penser que la température avait fait barrière aux migrations des premiers hommes vers le Nord. Tous ces sites étaient de climat tropical, méditerranéen ou de savane.

Quand et comment nos ancêtres ont colonisé l'Europe ?

Il semblerait que les hommes étaient donc confinés à l'époque au sud des Pyrénées et des Alpes, et l’on pensait que leur présence en Grande-Bretagne remontait à 500.000 ans. Néanmoins en 2005, des fouilles à Pakefield (Suffold, est de l'Angleterre) ont montré une présence humaine remontant à 700.000 ans. Les nouvelles découvertes placent le curseur 100.000 ans plus tôt.

« Ces découvertes sont de loin la trace la plus ancienne connue de présence d'humains en Grande-Bretagne, remontant à au moins 100.000 années plus tôt que les découvertes précédentes », a expliqué le Pr Chris Stringer, directeur de recherches sur les origines de l'homme au Musée d'Histoire naturelle à Londres. « Elles ont des implications importantes pour notre compréhension du comportement des premiers hommes, leurs adaptations, leur survie, et pour savoir quand et comment nos ancêtres ont colonisé l'Europe après avoir quitté l'Afrique », il y a 1,8 million d'années, explique-t-il.
Une gamme de données extraordinaire sur l'environnement

Ces nouvelles découvertes montrent que ces premiers hommes survivaient dans des climats hostiles, à des températures hivernales inférieures à zéro. « Ces nouveaux objets de silex sont incroyablement importants. Non seulement ils sont plus anciens que les autres découvertes, mais ils sont accompagnés d'une gamme de données sur l'environnement qui donnent une image claire de la végétation et du climat », explique Nick Ashton, du British Museum, codirecteur du projet, qui ajoute : « Cela montre que les premiers hommes ont survécu dans un climat plus froid que le climat actuel », explique-t-il, où les températures avoisinaient les 16 à 18 degrés en été, et descendaient jusqu'à -3 degrés en hiver.

Mammouths, rhinocéros et chevaux ; hyènes et félins à dents de sabre ...

Une grande partie de l'Europe du Nord était couverte à l'âge de glace de forêts boréales, fluctuant en fonction de l'évolution des glaciers. Plantes et animaux comestibles étaient rares et clairsemés, les jours raccourcis et les températures rigoureuses en hiver rendaient encore plus difficile la vie déjà rude des premiers hommes.

Happisburgh se trouvait sur un cours ancien, aujourd'hui disparu, de la Tamise. « La plaine, inondée par la marée, était recouverte d'herbe qui nourrissait un grand nombre d'herbivores, tels que mammouths, rhinocéros et chevaux. » Quant aux prédateurs, « ce devaient être des hyènes, des félins à dents de sabre et bien sûr les humains », indique Simon Parfitt, d'University College of London.

 
Source : RFI du 07/07/2010