vendredi 2 juillet 2010

La vie multicellulaire pourrait remonter à 2,1 milliards d'années

SCIENCE - Une découverte de chercheurs de Poitiers chamboule tout...

Des fossiles multicellulaires ont été découverts au Gabon.
Petite révolution chez les paléontologues. Une enquête publiée ce jeudi dans la revue Nature révèle que des formes de vie complexes, des organismes à plusieurs cellules dits «pluricellulaires», seraient apparues voici 2,1 milliards d'années... c'est-à-dire jusqu'à 1,5 milliard d'années plus tôt que scientifiquement attesté jusque là.

L'ampleur de cette découverte lui vaut la couverture de la revue scientifique britannique, même si, selon des experts, elle «pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses». «Cette découverte nous démontre qu’on sait très peu de choses», s’amuse Alain Meunier, géologue à l’université de Poitiers et co-signataire de l’article, contacté par 20minutes.fr.

«Ça remet en question la logique qu’on avait jusqu’à présent, qui était linéaire. On considérait qu’on allait du plus simple au plus complexe», explique-t-il. Des êtres monocellulaires aux êtres pluricellulaires.
«Le curseur s’est déplacé de 1,5 milliard d’années»

Les premières formes de vie sont apparues sur Terre il y a 3,5 milliards d’années. On considérait qu’il n’y avait que des êtres composés d’une seule cellule, comme les bactéries. Jusqu’à présent, on estimait que la vie complexe, c’est-à-dire multicellulaire, serait apparue il y a 670 millions d’années. Mais cette découverte bouleverse tout. «Le curseur s’est déplacé de 1,5 milliard d’années», explique Abderrazak El Albani, principal auteur de l’étude, qui a lui-même découvert les fossiles, au Gabon.

Jusqu'à la récente découverte, un fossile, Grypania spiralis, datant d'environ 1,6 milliard d'années marquait l'émergence d'une vie plus complexe. Avec les fossiles retrouvés sur le site de Franceville au Gabon, l'existence des eucaryotes aurait débuté voici 2,1 milliards d'années et non 1,6 milliard comme supposé avec Grypania.

«Futures discussions entre paléontologues»

«Interpréter réellement des anciens fossiles est une affaire particulièrement difficile», nuancent Philip Donoghue (Université de Bristol, Grande-Bretagne) et Jonathan Antcliffe dans un commentaire publié dans Nature, promettant des «futures discussions entre paléontologues».

«Ces fossiles de quelques centimètres, que les auteurs interprètent comme représentant des organismes multicellulaires», seraient apparus alors que «l'atmosphère restait un mélange toxique (...) avec une teneur en oxygène correspondant à quelques centièmes des niveaux actuels», relèvent les deux experts.

Sans mettre en doute la datation de ces specimens, ils notent que la définition d'une vie pluricellulaire «peut tout inclure, des colonies de bactéries aux blaireaux».

Les spécimens découverts ne peuvent provenir de simples bactéries, assure Abderrazak El Albani qui invite à préserver le site gabonais appelé à faire partie du «patrimoine mondial de l'humanité».

Source : 20 mn.fr du 01/07/2010