mercredi 7 juillet 2010

L'"urgence absolue" : le sauvetage du gisement

Une pelleteuse géante et, juste à côté, des scientifiques prélevant dans la pierre les estampes ténues de formes de vie vieilles de plus de 2 milliards d'années... La découverte des macrofossiles les plus anciens, publiée jeudi 1er juillet dans la revue Nature, a été réalisée dans une carrière de grès, située au coeur du bassin de Franceville, dans le sud-est du Gabon. La société qui exploite la carrière ignore vraisemblablement tout de la richesse scientifique et patrimoniale du site qu'elle exploite à des fins de construction de bâtiments, d'ouvrages d'art, etc.

Pour les auteurs de la découverte, le risque est grand de voir disparaître rapidement ce qu'ils considèrent comme un trésor considérable. "C'est une urgence absolue. Il nous faut passer par l'Etat français, afin qu'un contact soit pris avec le Gabon pour que le site soit protégé de la destruction systématique qu'il subit tous les jours, plaide Abderrazak El-Albani, chercheur au laboratoire Hydrasa (CNRS et université de Poitiers), l'un des auteurs de la découverte. Il faut inscrire ce site, de quelques hectares seulement, au Patrimoine mondial. Et il faut faire très vite : je ne sais simplement pas s'il restera quelque chose la prochaine fois que nous y retournerons."

Les autres grands gisements fossilifères du précambrien bénéficient de mesures de protection. Comme les célèbres schistes de Burgess, dans les montagnes rocheuses canadiennes, et les collines d'Ediacara, dans le sud de l'Australie.

"Dix-huit niveaux fossilifères"


Le potentiel fossilifère de ces deux grands sites a été découvert respectivement en 1909 et en 1868 - preuve de la rareté de telles réserves de faunes précambriennes. Ces deux sites ont livré des fossiles célèbres, vieux de 700 millions à 500 millions d'années, dans lesquels les paléontologues parviennent, parfois, à distinguer des caractéristiques anatomiques de grands groupes actuels (Le Monde du 29 mai). Selon les auteurs, l'ampleur des découvertes scientifiques qui restent à faire dans les cinq hectares de la carrière gabonaise du bassin francevillien est considérable. "A chacune des trois missions que nous avons effectuées sur place, nous avons rapporté de nouveaux spécimens, de nouvelles formes, dit M. El-Albani. Il y a au moins dix-huit niveaux fossilifères."

Source : Le Monde du 03/07/2010