dimanche 18 juillet 2010

Un nouveau fossile éclaire les origines de l'homme

Nos ancêtres se sont séparés d'un groupe de singes il y a moins de 30 millions d'années.

Contrairement à la formule qui fait florès depuis Darwin, l'homme ne descend pas «du» singe proprement dit mais partage avec ses cousins primates un, et même plusieurs, ancêtres communs dont les scientifiques savent, il faut le reconnaître, encore peu de chose. La reconstitution de cet arbre généalogique est d'autant plus ardue que cette histoire «familiale» s'étale sur plusieurs dizaines de millions d'années, que les archives fossiles sont rares et que le processus s'est déroulé par étapes, de façon «graduelle» avec l'émergence de nouveaux groupes (ou taxons) et l'extinction d'autres, plus anciens. Car il y a singe et singe. On sait aujourd'hui, par exemple, que le chimpanzé est génétiquement bien plus proche de nous qu'il ne l'est d'un babouin, d'un ouistiti ou d'un sapajou…

Aujourd'hui, dans la revue britannique Nature, une équipe arabo-américaine livre une nouvelle pièce au puzzle avec la découverte des restes fossiles d'un primate, inconnu à ce jour, appartenant au groupe des catarrhiniens (du grec cata, vers le bas, et rhinos, nez ) dont font partie les singes dits de l'Ancien Monde (macaques, cercopithèques) et les hominoïdes. Lesquels regroupent les gibbons, les grands singes (chimpanzés, gorilles, orangs-outans) et notre espèce, Homo sapiens.

La partie avant du crâne, le palais et la mâchoire supérieure de ce primate, qui fait la couverture de la revue, ont été extraites des sables rouges du désert de Harrat al-Ujayfa, à l'est de Jedda (Arabie Saoudite) par l'équipe de Iyad Zalmout, de l'université de Michigan (États-Unis). L'animal, de taille moyenne, devait peser entre 15 et 20 kilogrammes. Son étude morphologique a permis de déduire qu'il appartient à une nouvelle espèce, Saadanius hijazensis, qui éclaire d'un jour nouveau la divergence entre singes de l'Ancien Monde et hominoïdes.

Jusqu'alors, en l'absence de données fossiles probantes, les analyses génétiques situaient cette séparation au début de l'Oligocène, une période de l'ère tertiaire comprise entre -34,5 et -29,2 millions d'années. D'après l'estimation des auteurs de la publication, S. hijazensis a été retrouvé dans une formation géologique datant de 29 à 28 millions d'années. Donc pile au bon moment. Sauf qu'il possède trop peu de caractères propres aux catarrhiniens pour en faire le chaînon manquant, l'ancêtre commun aux deux groupes. Si ce résultat peut sembler décevant, les chercheurs en déduisent cependant que l'événement s'est produit beaucoup plus tard qu'on ne le pensait jusqu'ici, entre 29-28 et 24 millions d'années avant notre ère.

«Cela ne change pas la façon dont nous concevons l'origine de l'homme, souligne William Sanders, coauteur de l'étude, mais cela permet de recentrer notre recherche sur la période durant laquelle a surgi le groupe qui a finalement conduit à l'apparition des humains et de leurs ancêtres directs, les hominoïdes». Et donc de mener d'autres fouilles dans les sites géologiques d'Afrique et de la péninsule arabique datant de cette période charnière.

Source : Le Figaro du 15/07/2010