vendredi 13 août 2010

La grotte de Tautavel, centre de référence en danger

Lové au fond de sa vallée enserrée entre deux plateaux des Pyrénées-Orientales, le village de Tautavel peut s’enorgueillir d’une occupation humaine quasi-ininterrompue depuis plus de 600 000 ans. Un privilège rare, qui lui vaut d’être un centre mondial de référence pour la préhistoire.


A l’origine de cette célébrité, un homme : Henry de Lumley-Woodyear, directeur de l’Institut de paléontologie humaine de Paris et ancien directeur du Museum national d’histoire naturelle. Avec son épouse Marie-Antoinette, il fouille la Caune de l’Arago depuis 1964, une grotte accrochée à flanc de coteau. Et là, il a découvert le Graal des paléoanthropologues : 128 restes pré-humains - des Homo erectus -, datés de plus d’un demi-million d’années pour les plus anciens découverts en ces lieux.

Henry de Lumley-Woodyear imagine alors un concept qui a fait le tour du monde : un centre de recherches, adossé à un musée vivant. L’an dernier, 120 000 personnes sont venues s’y initier, alors que depuis 1964, plus de 2 000 fouilleurs ont gratté la terre de l’Arago. Des dizaines d’étudiants y ont passé leur thèse, en collaboration avec l’Université de Perpignan Voie Domitienne, et sont devenus professeurs ou directeurs de recherches en Asie, en Afrique ou en Amérique latine.

Le Centre européen de recherches préhistoriques est basé sur un instrument scientifique exceptionnel : le laboratoire de recherches. « Nous avons été les premiers au monde à privilégier l’approche interdisciplinaire, explique Henry de Lumley-Woodyear, avec des paléontologues, des géologues, des palynologues, des paléozoologues… La formation à la recherche et par la recherche passe par le master Préhistoire et paléoenvironnements quaternaires. La diffusion des connaissances est réalisée grâce au musée, ainsi que la formation continue dans la valorisation du patrimoine culturel ».

Le hic vient de l’organisation, sous forme d’une association loi 1901. Chaque année, les crédits de fonctionnement doivent être redemandés et sont souvent versés, même notifiés, en fin d’année. D’où un véritable souci pour la pérennisation de ce superbe outil scientifique et public.

La solution réside dans l’octroi au Centre, le plus rapidement possible, du statut d’Etablissement public de coopération culturelle (EPCC), pour lui donner une structure juridique et financière stable, avec les collectivités telles que la ville de Tautavel, la Communauté de communes du Rivesaltais-Agly, les villes de Prades et Sournia, la future Agglomération Perpignan-Méditerranée, le département des Pyrénées-Orientales et la Région Languedoc-Roussillon.

L’homme de Tautavel fait partie de ces restes mythiques qui, à l’instar du squelette de Lucy ou des traces de pas de Laetoli, nous révèlent l’histoire de nos ancêtres. Une raison évidente de protéger notre patrimoine humain.

Source : Midi Libre du 10/08/2010