mardi 24 août 2010

Un homme nouveau est-il déjà en marche pour nous remplacer ? Neandertal a aimé Sapiens. Histoire d'amour et de tolérance

Les paléoanthropologues et les paléogénéticiens d'une équipe internationale dirigée par Svante Pääbo, de l'Institut Max Planck à Leipzig en Allemagne, viennent de séquencer 60 % du génome nucléaire de Néandertal. Ils ont d'abord identifié les fossiles de trois femmes néandertaliennes datant de 38.000 ans et issus de la même grotte, à Vindija, en Croatie. Puis, ils ont séquencé l'ADN de leurs chromosomes : 4 milliards de bases qui, remises bout à bout, recouvrent une bonne partie de leur génome. En le comparant à ceux de cinq individus vivants, issus de différentes régions du monde, dont la France, ils ont montré que les populations eurasiatiques actuelles, contrairement aux populations africaines, renferment des traces du patrimoine génétique de l'homme de Néandertal.

Cette découverte conforte l'hypothèse selon laquelle il y aurait eu une hybridation entre les deux espèces avant que les hommes de Neandertal ne s'éteignent, il y a environ 30.000 ans. Leur patrimoine génétique se serait alors mélangé à celui des Homo sapiens, bien plus nombreux. Les populations non africaines possèdent de 1 % à 4 % du matériel génétique néandertalien. Le métissage aurait donc eu lieu après que les premiers hommes modernes ont quitté l'Afrique, pendant la migration qui les a conduits vers les continents européen et asiatique.

Les auteurs de l'étude ont été les premiers surpris par ce résultat. Depuis qu'ils ont réalisé la première analyse de l'ADN d'un Néandertalien en 1997, leurs conclusions avaient toujours rejoint l'idée dominante : l'absence d'hybridation entre l'homme moderne et Néandertal.

On ne sait toujours pas en revanche pourquoi Neandertal a totalement disparu de la surface de la terre au profit d'Homo sapiens ou Cro-Magnon notre ancêtre direct.

« Peut-être que l'histoire d'Ao éclaire nos vies quand on parle du rejet de la différence ou de l'acceptation de l'étranger, d'identité non pas nationale mais planétaire, de maternité, de sentiment de paternité, de famille recomposée ou des valeurs du nomadisme, sans oublier bien sûr la place de l'homme dans la nature », confie Jacques Malaterre, spécialiste de la Préhistoire, à qui l'on doit les séries documentaires à succès L'Odyssée de l'espèce et Homo Sapiens. Il s'est adjoint les services d'une éminente conseillère scientifique, Marylène Patou Mathis, directrice de recherche au CNRS, pour adapter le roman de Marc Klapczynski, AO, l'homme ancien. Produit et distribué par UGC, ce projet tente de combler les attentes de ceux qui se demandent si une descendance entre Néandertal et Sapiens a existé et si dans nos veines coule du sang Néandertalien. Le film est déjà un événement parce qu'il tombe à pic en illustrant de la façon la plus romantique et poétique qui soit, sur fond de paysages enchanteurs, la rencontre que les scientifiques viennent de révéler possible entre Neandertal et Sapiens. Le héros de Marc Klapczynski, est entré d'un coup, dans une autre dimension, celle de l'universalité. Chassé par Sapiens, plus grand, plus élancé, au visage plat et au plus gros cerveau, Neandertal, une montagne de muscles et une grosse tête n'a pas voulu changer sa façon de vivre en communion avec la nature. « Neandertal nous fait prendre conscience de ce que nous sommes. Il a vécu beaucoup plus longtemps que nous sur cette planète. Cela devrait nous interpeller » indique Jacques Malaterre. Visant le plus large public possible, le réalisateur a fait un casting international. Le rôle titre d'Ao est tenu par Simon Paul Sutton (un acteur de théâtre anglais) et celui d'Aki par Aruna Shields (une actrice indienne). Les acteurs ont été sélectionnés en fonction de leur capacité à exprimer leurs sentiments avec leur corps. En effet les acteurs « parlent » un langage spécifique et les images ne sont pas sous-titrées. Le film évoque la vie quotidienne en montrant Néandertal à la chasse. Pas seulement le mammouth, mais aussi le cheval et le bison faisaient partie de son alimentation. De récentes études indiquent aussi que Neandertal ne consommait pas que de la viande : des coquillages devaient également être à son menu. Son alimentation, sans être aussi variée que celle de Sapiens n'était donc pas exclusivement carnivore. Les Neandertaliens pouvaient trouver un abri-sous-roche mais ils étaient capables de construire des huttes. « Neandertal respectait des rites funéraires. On sait aussi qu'il a côtoyé les Sapiens. Ces derniers étaient des conquérants et des migrants, moins réticents que lui à la violence. » Marylène Pathou-Mathis caution scientifique du film, fervente défenderesse de Neandertal fait remarquer elle aussi que « Neandertal a vécu pendant 300 000 ans, sapiens 170 000 ans pour l'instant. » Il faut donc considérer Neandertal comme une « espèce éteinte mais dont la longévité sur terre est pour l'instant plus élevée que la nôtre. »

Source : L'Union  du 22/08/2010