lundi 25 octobre 2010

Le “Lascaux“ africain dévoilé par un archéologue héraultais

Dans le cadre du festival montpelliérain Cinémed, le réalisateur sétois Claude-Timon Gaignaire présente “Les silences de Laas Geel “, film qui fait part de la découverte du chercheur et archéologue héraultais Xavier Gutherz. Ce dernier et son équipe ont en effet mis à jour le “Lascaux “de l’Afrique. Soit une vingtaine de peintures, bien conservées, datant du néolithique, trésor inestimable de l’état autoproclamé de Somaliland. Cette mise en lumière est d’autant plus insolite que ce territoire, très riche en traces du passé, reste ignoré du reste du monde.

Le lieu-dit se nomme Laas Geel ; que l’on traduit par le petit puits des chameaux. Car si l’on creuse cette terre située à 80 kilomètres d’Hargeisa, la capitale du Somaliland, état autoproclamé d’Afrique, on y trouve de l’eau pour faire boire les bêtes. C’est là qu’Osman, un berger, s’est un jour assis. Face à un imposants amas rocheux. Son regard est attiré par les peintures qui le couvrent. Certainement des dessins esquissés par les Britanniques, qui ont occupé un temps le territoire, a-t-il pensé. Rien de cela. L’homme a découvert sans le vouloir le “Lascaux“ africain. L’équipe de chercheurs français, menée par Xavier Gutherz, archéologue héraultais, enseignant à l’université Paul-Valéry à Montpellier, l’a esnuite mis en lumière. Le 4 décembre 2002, précisément. Non sans émotion, explique le coordinateur du groupe : « Les richesses archéologiques du Somaliland se savaient, grâce aux publications de Clark, militaire anglais et préhistorien. Or la guerre du Golfe, puis les conflits civils, ne nous permettaient pas d’y aller ».

L’équipe embarque, une fois le calme revenu, à bord d’un vieil avion russe. Le voyage s’avère folklorique. Sur le même vol, une femme écoute la conversation, y prend part. L’heureux hasard veut qu’elle soit le ministre des affaires étrangères du Somaliland. « Elle nous a facilité les choses, présenté le président de l’époque », poursuit Xavier Gutherz. Cap sur le site de Laas Geel, repéré par le berger. Sur les parois de la vingtaine d’abris rocheux, des merveilles, signes et témoins des temps, se dévoilent : « Ces peintures rupestres sont de toute beauté, bien conservées alors qu’elles datent de 3 000 avant Jésus-Christ. A l’extérieur, on en distingue aussi, abîmées par les pluies ». Les missions sont courtes, les prospections se font au compte-gouttes. D’autres foyers sont mis à jour, dont un millier de sépultures mégalithiques, pas encore datées. Il reste à faire. Il faut pour cela réunir les conditions de travail et de sécurité idéales.

Depuis 2007, Xavier Gutherz n’est pas retourné à Laas Geel. Mais il sait que le site est hautement protégé et considéré. Quelque 150 visiteurs du monde entier s’y rendent chaque année. Peu certes face à l’instabilité du lieu, or la cathédrale rocheuse a fédéré nombre de fidèles attachés à sa conservation. « Le gouvernement et la population ont conscience de sa valeur ». Ce patrimoine leur importe d’autant plus que pour ce pays ignoré par le reste du monde, une preuve irréfutable de « sa culture, de son identité ». Le film de Claude-Timon Gagnaire, qui retrace le travail de l’archéologue héraultais et de son équipe, est un témoignage tout aussi significatif de ce territoire chargé d’histoire. Le 19 novembre prochain, Xavier Gutherz retourne au Somaliland. A la fois impatient et sur la réserve. Le pays est dans la ligne de mire des islamistes. « Quand on sait tout ce qu’ils ont détruit en Afghanistan... ». C’est pour cela qu’il faut en parler.


(1) Le festival Cinémed à suivre dans Midi Plus, à la fin du premier cahier. (2) “Les silences de Laas Geel “est projeté aujourd’hui, à 16 h, à l’Auditorium du musée Fabre, à Montpellier ; et le samedi 30 octobre à 16 h, au Corum, salle Einstein.

Source : Midi Libre du 23/10/2010