jeudi 14 octobre 2010

Les hommes préhistoriques s'occupaient des «seniors»

Un vieillard infirme, qui vivait il y a 500.000 ans en Espagne, n'aurait jamais pu survivre sans les soins de ses proches.

La solidarité entre générations ne date pas d'hier. Même s'ils n'avaient pas inventé le système de retraite par répartition, des chercheurs de l'université de Madrid, viennent de montrer que les «premiers Européens», découverts sur le site d'Atapuerca, près de Burgos, dans le nord de l'Espagne, prenaient soin de leurs aînés.

L'équipe dirigée par Alejandro Bonmatí est parvenue à cette conclusion en examinant les restes d'un bassin et d'une partie de la colonne vertébrale d'un homme vieux de plus de 500.000 ans, retrouvés dans ces célèbres grottes, inscrites en 2000 au patrimoine mondial de l'humanité.

Ces ossements appartenaient à un mâle de forte corpulence «qui souffrait de plusieurs maladies dégénératives bien longtemps avant de mourir», écrivent les auteurs dans la revue de la National Academy of Sciences des États-Unis (Pnas). Selon eux, l'individu avait plus de 45 ans au moment de son décès, un âge canonique pour l'époque.

Les pathologies multiples dont souffrait ce vieillard de la préhistoire l'«obligeaient à adopter une posture courbée» voire à «utiliser un bâton pour se tenir debout» , notent les chercheurs madrilènes. Du coup, elles «l'empêchaient probablement de chasser » et d'assurer sa propre subsistance.


Des nomades cannibales

«Sa survie pendant une période aussi longue avec un tel handicap laisse supposer que le groupe nomade dont il faisait partie prenait particulièrement soin de ses anciens», concluent Alejandro Bonmatí et ses collègues. Pas question pour autant de sombrer dans le mythe du «bon sauvage», cher à Rousseau. L'an passé, une précédente étude réalisée sur ce même gisement avait montré que ces mêmes hommes étaient des cannibales n'hésitant pas à consommer de la chair d'enfants ou d'adolescents.

Découverts à partir de 1994, les restes fossiles d'Atapuerca correspondent aux premiers êtres humains ayant séjourné en Europe, il y a environ 800.000 ans, soit bien avant Neandertal et Homo sapiens. Baptisés Homo antecessor, partis d'Afrique, ils se sont installés dans la péninsule Ibérique au terme d'une longue migration via le Proche-Orient, le nord de l'Italie et la France.

À noter que cet exemple de prise en charge d'individus âgés n'est pas isolé. Vieux, impotent, édenté, l'homme de la Chapelle-aux-Saints, un Néandertalien datant de - 45.000 ans, dont on a retrouvé en 1908 le squelette quasi complet dans une grotte de ce petit village de Corrèze, aurait été lui aussi incapable de survivre sans la protection et les soins constants de ses ­proches.

Source : Le Figaro du 13/10/2010