samedi 2 octobre 2010

Neandertal mon amour

Sur vos écrans cette semaine: un film naturaliste, AO le dernier Neandertal imagine sa rencontre avec Homo sapiens.

Trente ans après La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud, voici l’amour avec Neandertal! C’est une belle déclaration que le réalisateur Jacques Malaterre adresse à cet homme préhistorique, mystérieusement disparu il y a 30.000 ans en Europe. Et une revanche tardive pour ce mal-aimé dont on a longtemps moqué le faciès de brute… avant que des fouilles ne montrent qu’il enterrait ses morts ou prodiguait des soins aux handicapés.

Ao et Oa

Inspirée du roman de Marc Klapczynski (Aô, l'homme ancien, Ed. Aubéron, 2003), la trame du film est un peu naïve. Seul survivant de son clan, Ao le néandertalien –sorte de bon sauvage en harmonie avec la nature- rencontre Aki, une Homo sapiens. Tous deux fuient devant de cruels sapiens, traversent l’Europe à la recherche d’Oa, le jumeau d’Ao, apprennent à communiquer, partagent leur culture, et même plus… car ils se découvrent des affinités.

Une voix off –un brin pompeuse- détaille les pensées intérieures de nos héros qui s’expriment chacun dans des langages aux sonorités différentes. Quelques invraisemblances –un combat avec un ours blanc, un sacrifice humain avec arrachage de cœur, un cheval apprivoisé en trente secondes- sautent aux yeux du public averti. Les puristes, enfin, pointeront que si Neandertal et sapiens se sont bien hybridés, c’était au Moyen-Orient, pas en Europe, et beaucoup plus tôt, il y a environ 80.000 ans, ainsi que viennent de le révéler des études d’ADN.

Quatre mois de répétitions

Cela dit, impossible de ne pas être happé par les images de paysage à couper le souffle. Difficile de bouder la puissante performance de Simon Paul Sutton: il fait corps avec son personnage, Ao, et réussit à rendre Neandertal, mais oui, craquant! Les acteurs ont affronté des conditions de tournage extrêmes dans la toundra ukrainienne par -20 ou -30°C, ou dans des marécages infestés de moustiques. Ils ont répété huit heures par jour pendant quatre mois pour apprendre la langue du film, apprendre à chasser, à tailler les pierres, car le réalisateur voulait un résultat naturaliste.

C’est réussi : les scènes de vie quotidienne sont extrêmement crédibles. D’autant que Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS, est intervenue sur les aspects matériels: armes, habits, campements, façon de vivre, de chasser, se déplacer et même… sac de peau pour trimballer bébé. Et l’on ressent ce que cela devait être, au paléolithique, d’affronter cette nature et de camper, le soir, à l’abri d’une paroi de roche.

Source : Sciences et Avenir du 30/09/2010