vendredi 29 octobre 2010

On a retrouvé l'ancêtre africain de Toumaï, aïeul de l'homme

Vingt-deux dents microscopiques et fossilisées de primates, présentées mercredi à Paris, permettent de dater encore plus précisément l'origine de l'homme et pourraient, à terme, conduire à trancher le débat scientifique sur son lieu de naissance, Asie ou Afrique.

Découverts dans le désert du Sahara, côté Libye, ces restes sont les plus anciens fossiles d'anthropoïdes africains connus jusqu'alors: ils datent d'il y a 38 voire 39 millions d'années.

Aussi minuscules soient-ils, ils font le lien, à 32 millions d'années de distance, avec Toumaï, considéré par les paléoanthropologues comme le plus vieil hominidé au monde, âgé de sept millions d'années, explique le professeur Jean-Jacques Jaeger, de l'Institut international de paléoprimatologie, paléontologie humaine, évolution et paléoenvironnement (IPHEP).

"L'un des fossiles que nous présentons est certainement très proche de l'origine de Toumaï, découvert au Tchad, et de tous ses cousins", déclare-t-il à Reuters.

"On est là au début de l'histoire qui, à force de diversification, d'adaptation, de spécialisation dans des conditions de milieux particuliers, conduisent à Toumaï et aux grands singes comme les babouins. On est au tout début de notre histoire en Afrique", ajoute le scientifique.

Longtemps après Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), vinrent l'australopithèque, l'Homo habilis (entre trois et deux millions d'années), l'Homo erectus (entre deux et un millions d'années) puis l'homme de Néanderthal et enfin l'Homo sapiens.

L'équipe franco-libyenne dirigée par Michel Brunet, du Collège de France, a effectué cinq campagnes d'un mois dans le désert entre 2006 et 2009, au terme de nombreux et difficiles accords entre Paris et Tripoli.

"VAGUE D'IMMIGRATION" D'ASIE VERS L'AFRIQUE

Elle tire trois grands enseignements de ses découvertes.

La présence de ces fossiles "signifient que nos ancêtres sont arrivés en Afrique il y a au moins 39 millions d'années" et qu'ils sont très probablement d'origine asiatique, explique Jean-Jacques Jaeger.

Lors de sa découverte par des chercheurs français au Tchad en 2001, Toumaï avait battu en brèche l'East Side Story du paléoanthropologue Yves Coppens, situant l'apparition de la lignée humaine en Afrique de l'Est.

Les fossiles libyens renforcent, eux, l'hypothèse d'une migration vers l'Afrique de primates venus d'Asie, où des fossiles similaires ont été découverts, notamment en Birmanie.

Vers 45 millions d'années, "je pense qu'il y a eu une vague d'immigration qui a amené trois groupes de rongeurs et de primates d'Asie vers l'Afrique mais, pour le moment, ce n'est qu'une hypothèse de travail. Ce n'est pas une preuve et c'est ce que nous allons chercher à l'avenir", dit Jean-Jacques Jaeger.

Physiquement, la surprise est venue de la très petite taille de ces primates libyens, dont le poids oscillait entre 150 et 470 grammes seulement.

Jusqu'alors, les scientifiques n'avaient étudié des primates anthropoïdes africains qu'à partir de 34 millions d'années et ils faisaient alors entre un et trois kilos.

Ils ont continué, pour certains, à grandir et prendre du poids pendant des millions d'années pour aboutir à Toumaï qui mesurait environ un mètre et pesait 35 kilos.

Ils avaient alors retrouvé un crâne quasiment complet, quoique déformé, mais à Dur At-Talah les dix scientifiques n'ont mis au jour que des molaires et des pré-molaires d'un ou deux millimètres de long, au prix de longs tamisages à l'eau avec des grilles d'un millimètre de maillage.

Source : Le Point du 27/10/2010