vendredi 12 novembre 2010

Néandertal : le développement de son cerveau était limité

À la naissance, le cerveau du bébé néandertalien était quasi identique à celui du petit «Homo sapiens». C'est ensuite que leurs fonctions cognitives avaient un développement différent.

Si, pendant longtemps, les néandertaliens ont été considérés comme des benêts ou des brutes épaisses, l'heure est aujourd'hui à leur complète réhabilitation. Ces hommes qui ont colonisé l'Europe entre -400.000 et- 30.000 ans, avant d'être supplantés par nos ancêtres Homo sapiens, venus d'Afrique et du Moyen-Orient, sont désormais perçus comme des êtres intelligents, sensibles, pacifiques et même «écolos». La version moderne, en somme, du «bon sauvage» cher à Rousseau.

Ce revirement est en grande partie justifié. On sait notamment que Néandertal enterrait ses morts, qu'il vivait en groupes bien structurés, qu'il maîtrisait probablement le langage, qu'il portait peut-être même des peintures corporelles… C'est donc bien qu'il en avait «là-dedans». D'ailleurs, son cerveau n'était-il pas d'une taille comparable au nôtre ? Enfin, et ce n'est pas le moindre, on a appris cette année que nous avons hérité de lui entre 1 et 4% de notre ADN. De là en faire notre alter ego, il n'y avait qu'un pas que certains préhistoriens, comme Marylène Patou-Mathis, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris et conseillère technique du film de Jacques Malaterre (Ao, le dernier Néandertal), n'hésitent plus à franchir.
Des différences persistent

Pourtant, un certain nombre de différences persistent. En particulier sur le plan cognitif. Dans une étude publiée dans le dernier numéro de la revue Current Biology, des paléontologues du département d'évolution humaine de l'Institut Max-Planck, à Leipzig (Allemagne), dirigé par le Français Jean-Jacques Hublin, rappellent en effet que ce n'est pas parce que l'homme moderne et Néandertal ont un cerveau de taille comparable que leurs capacités intellectuelles sont équivalentes. Plus que le volume de matière grise, c'est l'organisation interne du cerveau qui importe. Or l'équipe franco-allemande vient de montrer qu'il y a, dans le développement du cerveau d'Homo sapiens, une phase spécifique que l'on ne retrouve pas chez Néandertal. En analysant, au moyen de techniques d'analyse sophistiquées (scanner, réalité virtuelle), le développement du crâne chez les enfants néandertaliens, les chercheurs ont découvert que l'empreinte (ou endocrâne) laissée par leur cerveau à l'intérieur de la boîte crânienne est très proche de celle d'un bébé moderne, mais que la croissance s'effectue ensuite selon un mode plus primitif. Dans l'année qui suit, en effet, seul le cerveau du petit Homo sapiens prend une forme globulaire caractéristique qui n'existe pas chez Néandertal. Le fait que cette phase intervienne à un stade aussi précoce suggère qu'elle influe sur l'organisation neuronale et synaptique du cerveau en cours de croissance. Et donc sur les capacités cognitives de l'homme moderne.

Ceci vient confirmer les nouvelles données sur la génétique des néandertaliens acquises grâce au séquençage de leur ADN. En clair, «il est peu probable que Néandertal voyait le monde de la même manière que nous», résument les auteurs avec un certain sens de la litote. De quoi rééquilibrer notre perception de ce «premier Européen», comme le nomme Yves Coppens, sans pour autant refaire de lui le crétin que, de toute évidence, il n'était pas.

Source : Le Figaro du 10/11/2010