mercredi 22 décembre 2010

La réouverture d'Altamira n'aura pas lieu

La réouverture de la grotte d'Altamira (nord-est de l'Espagne) n'aura finalement pas lieu en 2010 comme prévu

La fondation qui gère le site en a décidé ainsi.

En juin, le ministère espagnol de la Culture avait annoncé la réouverture d'ici la fin de l'année de cette grotte classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO et considérée, avec son homologue de Lascaux (France), comme l'une des plus belles "chapelles sixtines" de l'art rupestre paléolithique.

La fondation gestionnaire a créé un "groupe international pluridisciplinaire" qui sera chargé de "déterminer l'impact que la présence humaine a sur l'art rupestre". Cela permettra, dans un "délai de deux ans", de faire une "nouvelle évaluation de la grotte et de sa compatibilité avec un régime de visites", ont expliqué ses responsables. Ceux-ci en outre souligné que l'interdiction faite au public d'accéder à la grotte avait permis de retrouver "des conditions environnementales plus stables qu'avant la fermeture".

En avril dernier, le Conseil supérieur des recherches scientifiques avait averti que l'entrée continuelle de visiteurs provoquerait un nouveau changement de l'environnement de la grotte susceptible de dégrader les peintures.

Le site avait été fermé au public en septembre 2002, après la découverte de micro-organismes qui détérioraient ses peintures rupestres. Depuis, quelque 2,5 millions de visiteurs ont dû se contenter d'admirer une réplique exacte de la grotte, installée à proximité.

Altamira avait été une première fois interdit d'accès en 1977, avant de rouvrir en 1982 avec un régime de visites limitées.

La grotte d'Altamira a été découverte en 1879 (elle était en fait connue depuis 1868), rapporte la légende, par Marcelino Sanz de Santuola... et sa fille de huit ans, Maria. S'y promenant régulièrement, le papa avait déjà remarqué la présence de dessins géométriques, mais il n'y avait pas cherché à savoir de quoi il s'agissait. Alors qu'il s'y trouvait avec Maria, celle-ci lui demanda pourquoi il y avait des "toros" au plafond...

Le site contient l'un des ensembles picturaux majeurs de la Préhistoire. Des ensembles, vieux de 15.000 à 17.000 ans, qui représentent des bisons, des biches, des sangliers dont la taille varie entre 1,40 m et 2 m, avec sa célèbre grande salle aux bisons.

Altamira est donc le premier ensemble préhistorique pictural  découvert. Et surtout à avoir fait l'objet de publications scientifiques. Au tournant du XIXe et du XXe, l'importance de la découverte a d'ailleurs entraîné de vives polémiques sur l'authenticité de la grotte au sein de la communauté préhistorienne naissante. Notamment parce que l'existence des peintures rupestres venait bouleverser les idées scientifiques du temps.

Les Français ne furent pas les derniers à s'engager dans ces polémiques. Ce fut notamment le cas d'un certain Emile Cartailhac, qui fut l'un des plus sceptiques vis-à-vis de l'authenticité d'Altamira. Mais les découvertes en France, notamment dans les grottes des Combarelles, de Font-de-Gaume et de la Mouthe, et les visites qu'il y vit, le firent revoir sa position. En 1902, il publia un article, "La grotte d'Altamira. Mea culpa d'un sceptique", dans lequel il reconnaissait très honnêtement son erreur de départ. Un article qui fit taire les sceptiques. Les travaux d'un autre Français, l'abbé Henri Breuil, mondialement connu, ont également beaucoup contribué à la célébrité d'Altamira.

Source : France2.fr du 21/12/2010