vendredi 31 décembre 2010

Quelque chose de Neandertal en nous

De nouvelles méthodes de séquençage de fragments dégradés d'ADN ont permis aux scientifiques de faire cette année une première comparaison entre le génome de l'homme moderne et celui de Neandertal.

Défendue par certains anthropologues, l’idée que la rencontre entre Cro-Magnon et Neandertal ait été féconde n’avait jusqu’à présent pas trouvé de confirmation dans les études de paléo-génétique. La revue Science a publié cette année un rebondissement de taille: le croisement aurait bien eu lieu, même s’il demeure marginal, selon l’équipe de Svante Pääbo, de l’Institut Max Planck de Leipzig. Nous aurions donc quelques gènes néandertaliens : 1 à 4% de l’ensemble de notre génome.

Cette même équipe avait d’abord écarté l’hypothèse. La comparaison de l’ADN mitochondrial (contenu par les mitochondries dans la cellule) de Neandertal et d’Homo sapiens ne montrait aucune parenté. Après le premier décodage de l’ADN nucléaire (du noyau de la cellule) de Neandertal, les chercheurs n’avaient pas non plus repéré de similitude avec l’ADN de Sapiens.

Les Africains moins proches de Neandertal

Après quatre ans de travail, Svante Pääbo et ses collègues disposent désormais d’environ 60% de la séquence génétique d’Homo neandertalensis, soit plus de 4 milliards de nucléotides obtenus à partir de trois fragments d’os de trois Néandertaliennes. Grâce à des techniques nouvelles mises au point pour récupérer, trier et analyser ce matériel, les chercheurs publient une première carte du génome néandertalien.

Pour la comparer, Pääbo et ses collègues ont aussi séquencé l’ADN de cinq humains actuels originaires d’Afrique, d’Afrique de l’ouest, de France, de Chine et de Papouasie Nouvelle-Guinée.

Le génome de Neandertal a plus de similitudes avec les hommes actuels vivants hors d’Afrique, constatent les chercheurs. Ils suggèrent donc que les croisements entre les premiers hommes modernes et les néandertaliens ont eu lieu il y a longtemps, après avoir quitté l’Afrique mais avant de se disperser en Europe et en Asie. C’est au Moyen-Orient, il y a 50.000 à 100.000 ans, que les deux branches humaines se seraient mélangées, avancent les chercheurs. Et non pas plus récemment en Europe, il y a environ 30.000 à 40.000 ans, comme le suggère l'anthropologue américain Erik Trinkaus.

Avantage évolutif

Au-delà de ces mystérieuses rencontres, ce qui intéresse Pääbo et ses collègues c’est l’identification des gènes qui ont permis à l’homme moderne de prospérer, tandis que Neandertal s’est éteint. Pour cela ils cherchent des régions du génome qui ont rapidement évolué chez l’homme moderne mais pas chez Neandertal. Ils en ont isolé 212, dont 20 qui ont subi une sélection très forte. Parmi ces gènes qui auraient conféré un avantage à l’homme moderne au cours de l’évolution, plusieurs concernent la cognition (apprentissage, relations aux autres…) et le métabolisme.

Source : Sciences et Avenir du 28/12/2010