lundi 31 janvier 2011

L'homme moderne serait sorti d'Afrique il y a 125.000 ans

La découverte d'outils archaïques au nord des Emirats arabes unis pourrait faire reculer plusieurs dizaines de milliers d'années le moment où l'Homo sapiens a quitté l'Afrique pour gagner le reste du monde.

L'Homo sapiens est apparu en Afrique de l'est il y a environ 200.000 ans. Selon le scénario le plus en vogue dans la communauté des paléontologues, notre ancêtre direct serait alors sorti du continent pour coloniser le monde entier. Cette théorie, baptisée «out of Africa», comporte encore de nombreuses inconnues. A commencer par la date à laquelle l'homme aurait entamé sa grande migration. On pensait jusqu'alors que celle-ci devait avoir débuté il y a environ 60.000 ans. D'après une équipe internationale de chercheurs, il faudrait désormais reculer ce curseur de plus de 60.000 ans. Des outils découverts dans le nord de la péninsule arabique seraient en effet la preuve du passage dans la région de l'homme moderne il y a 125.000 ans.


Les outils mis au jour par les chercheurs sur le site de Djebel Faya, au nord des Emirats arabes unis, sont des pierres taillées. «La combinaison des technologies utilisées indiquent clairement une origine est-africaine », explique Anthony Marks, anthropologue à l'université de Dallas et co-auteur de la publication parue dans Science. Selon lui, ces outils seraient donc l'œuvre de l'Homo sapiens. La preuve que l'homme moderne a quitté le continent africain plus tôt qu'on ne le pensait, estiment les chercheurs. A cette époque, la sortie d'Afrique est possible. Le climat est en effet en pleine transition. Pendant un court moment, le niveau de la mer lié à la glaciation précédente (- 200 000 / - 130 000 ans) reste relativement bas alors que le désert d'Arabie entre dans une phase d'humidification qui le rend moins hostile. L'homme aurait donc été capable de traverser la vaste étendue désertique puis la mer Rouge qui ne faisait, à ce moment précis, que quatre kilomètres de large au niveau du détroit de Bab-el-Mandeb, entre Djibouti et le Yémen (d'une largeur de 30 kilomètres aujourd'hui).

Des outils taillés par Néandertal ?

Mais pour Francesco d'Errico, archéologue à l'université de Bordeaux, l'origine de ces outils n'est pas si claire. «On ne peut pas en faire la preuve de LA sortie d'Afrique, explique-t-il au figaro.fr. Ils ne représentent qu'un épisode dans un processus de peuplement encore très mal connu.» Paul Mellars, professeur à l'université de Cambridge, ne pense pas que les outils découverts correspondent aux techniques d'Afrique de l'Est. Les auteurs de la découverte n'excluent d'ailleurs pas totalement une fabrication par des hommes de Néandertal voire des Homo erectus, deux espèces primitives cousines de l'homme moderne qui auraient pu se trouver dans la région.

Dans l'hypothèse où ces outils seraient bien d'origine sapiens, «ce serait une lignée archaïque dont rien ne prouve qu'elle aurait elle-même migré plus au Nord ou à l'Est», poursuit d'Errico. La découverte en Israël de sépultures ayant 120.000 ans avait déjà soulevé les mêmes interrogations. Les paléontologues avaient finalement montré que cette lignée proche-orientale s'était vraisemblablement éteinte 80.000 ans plus tard sans s'être étendue.

Le simple fait que deux lignées archaïques d'hommes modernes aient pu effectuer une sortie d'Afrique pose toutefois de nouvelles questions. «Si leur hypothèse est correcte, cela voudrait dire qu'un homme anatomiquement moderne mais technologiquement archaïque pouvait quitter le continent», note d'Errico. Or on pensait jusqu'à présent que l'Homo sapiens avait besoin d'un niveau élevé de développement, notamment culturel, pour quitter son environnement africain. La théorie «Out of Africa» d'une sortie massive et quasi-simultanée reposait en grande partie sur cette hypothèse. Pourtant, «les auteurs ont soigneusement évité cette question», conclut d'Errico.

Source : Le Figaro du 28/01/2011