jeudi 10 février 2011

Expansion de l'homme moderne : la voie arabe

D'après la forme et l'âge de pierres taillées découvertes dans la péninsule Arabique, l'homme serait sorti de son berceau africain bien plus tôt qu'on ne le pensait.

« D'Afrique sort toujours quelque chose de neuf », a écrit Pline l'Ancien (23-79). Cet adage pourrait s'appliquer à la découverte de Hans-Peter Uerpmann, de l'Université de Tübingen, et de ses collègues de divers pays : ils ont daté à –125 000 ans des pierres taillées, selon eux, par une technique issue d'Afrique. Or ces objets ont été trouvés dans le Djebel Faya, une montagne calcaire située au milieu de la corne de la péninsule Arabique, près de Dubaï.

Les haches et autres grattoirs trouvés au sein de la strate A de la grotte nommée Fay-Ne1 ont été produits par la technique dite levalloisienne, utilisée par les hommes anatomiquement modernes qui peuplaient à l'époque l'Afrique de l'Est. En revanche, les pierres taillées de la strate B, qui surmonte la strate A de 40 centimètres de sable, relèvent d'une technique de taille locale. D'où l'hypothèse que des Homo sapiens africains sont passés dans la péninsule Arabique il y a plus de 125 000 ans.

Jusqu'à présent, on ne connaissait que trois sorties d'Afrique des Homo sapiens, toutes censées s'être faites depuis le corridor du Nil vers le Levant. Les deux premières datent de 120 000 et 90 000 ans ; la troisième, il y a environ 40 000 ans, aurait été à l'origine de l'arrivée de l'homme moderne en Europe.

D'après H.-P. Uerpmann et son équipe, des hommes modernes auraient traversé le détroit de Bab-el-Mandeb, qui sépare l'Afrique de la péninsule Arabique (au niveau de Djibouti), au cours d'un maximum glaciaire, il y a environ 135 000 ans.

La mer Rouge était alors au plus bas et le climat très aride. Leur expansion vers l'Est de la péninsule Arabique aurait eu lieu au cours de la phase humide qui a suivi, et une population d'hommes modernes, parvenue dans la corne de la péninsule Arabique, y aurait été ensuite isolée par le retour de la sécheresse. La persistance humaine dans cette région est attestée par les strates A et B de Fay-Ne1. Il y a quelque 75 000 ans le niveau des eaux du golfe Persique (profond de seulement 40 mètres) a commencé à baisser, ce qui aurait permis à cette population d'atteindre la plaine mésopotamienne, puis, de là, l'Asie ainsi que le Levant.

La découverte d'une sortie d'Afrique par la péninsule Arabique pourrait donc jouer un grand rôle dans la reconstitution de l'histoire du peuplement de la planète par Homo sapiens. Mais elle est loin d'être admise par tous les préhistoriens ; certains nient le caractère levalloisien des outils de Fay-Ne1 et refusent d'y voir l'œuvre d'hommes modernes.

Le doute persistera tant que l'on n'aura pas mis au jour de restes d'humains modernes présents dans la péninsule Arabique il y a 125 000 ans. La chasse aux fossiles est ouverte.

Les différent sites attestant des vagues successives de l’expansion d’Homo sapiens hors d’Afrique sont représentés sur cette carte. En pointillés, la ligne d’équiprofondeur à –120 mètres correspondant à la baisse maximale du niveau des mers durant les glaciations.

Source : Pour la Science du 08/02/2011