vendredi 11 février 2011

Il y a 3,2 millions d'années, Lucy et ses semblables étaient déjà bipèdes

Un os du pied d'un hominidé similaire à la célèbre Lucy, un ancêtre de l'homo sapiens vieux de 3,2 millions d'années, montre que cette espèce était bipède comme l'homme, selon une découverte publiée jeudi et qui pourrait modifier l'histoire de l'évolution humaine.

La forme de cet os fossilisé --un métatarsien-- retrouvé à Hadar en Ethiopie montre que ces hominidés, Australopithecus afarensis (A. afarensis) avaient des pieds arqués, une caractéristique physiologique indispensable pour se tenir debout sur deux jambes et marcher.

"Le quatrième métatarsien est le seul connu ayant appartenu à un A. afarensis et constitue une indication clé de l'évolution d'une façon de marcher unique à l'humain", explique William Kimbel, paléontologue à l'Université d'Arizona (sud-ouest), l'un des co-auteurs de cette découverte parue dans la revue américaine Science datée du 11 février.

Comme le pied humain, celui de l'afarensis comptait aussi cinq métatarsiens formant le métatarse, la partie du pied située entre le tarse (ensemble de sept os situés entre les extrémités du tibia et du péroné) et les orteils.
"Le développement d'un pied arqué a marqué un changement fondamental dans l'évolution vers la condition humaine, à savoir la disparition de la capacité d'utiliser le gros orteil pour s'accrocher aux branches, indiquant que ces ancêtres avaient finalement abandonné la vie dans les arbres pour vivre sur le sol", poursuit ce chercheur.

"Maintenant que nous savons que Lucy et ses semblables avaient un métatarse arqué, cela change beaucoup la manière dont nous voyons cette espèce d'hominidés car cela nous révèle où ils vivaient, ce qu'ils mangeaient et comment ils évitaient les prédateurs", souligne Carol Ward, professeur d'anatomie à l'Université du Missouri (sud), un autre co-auteur de ces travaux.

Les A. afarensis ont représenté dans l'évolution une nouvelle espèce d'hominidé, fondamentalement différente de celles qui ont précédé, comme l'Ardipithecus ramidus ou Ardi, qui ne marchait pas debout, en tout cas pas de façon permanente.

Les Ardipithecus vivaient il y a 4,4 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui l'Ethipie. Ils sont les plus anciens hominidés connus et constituent un jalon vers l'ancêtre commun à l'homme et au singe.

Avec un pied arqué, les A. afarensis pouvaient sans problème sillonner la campagne et quitter la forêt en quête de nourriture quand ils en avaient besoin.

Dotés d'une solide mâchoire, ces hominidés pouvaient manger différents types de nourriture dont des fruits, des graines, des noix et des racines, relèvent les auteurs de l'étude.

Combinant la puissance de leur mâchoire et de leurs nouvelles capacités de marcher, Lucy et ses semblables pouvaient à loisir vivre dans des zones ouvertes de savane aussi bien que dans la forêt, en déduisent-ils.
Cette forme arquée du métatarse agit comme un ressort et une plateforme solide pour se propulser vers l'avant, ce qui permet de se tenir debout en marchant, précisent ces chercheurs.

"C'est une caractéristique clé de la marche chez les humains et ceux qui aujourd'hui ont les pieds plats ont de nombreux problèmes d'articulation dans tout leur squelette", note Carol Ward.

"Savoir que cette forme arquée du pied est apparue très tôt dans notre évolution montre que cette structure unique est fondamentale à la locomotion humaine", poursuit-elle.

"Si nous pouvons comprendre les raisons de la conception de notre corps et la sélection naturelle qui a façonné le squelette humain, nous avons un nouvel éclairage sur son fonctionnement aujourd'hui", ajoute cette spécialiste de l'anatomie.

Source : 20 mn du 10/02/2011