mardi 22 février 2011

Yves Coppens est tombé sous le charme de la station des Angles

C’est devenu une tradition. Chaque année, le très médiatique paléontologiste Yves Coppens passe une semaine dans la station des Angles. Président du conseil scientifique de la grotte de Lascaux, professeur honoraire au Collège de France, membre de l’Académie des sciences, l’homme est tombé sous le charme de ce village des Pyrénées catalanes.

Cela fait dix ans que ça dure. « En janvier 2001, j’avais été convié par le Festival du raid et de l’aventure qui se déroule dans la station. Moi, je suis né à Vannes en Bretagne, je vis à Paris et sur les lieux où je travaille, il n’y a pas souvent de neige. Alors, Les Angles, ça m’a beaucoup plu. Je suis donc revenu le mois suivant avec ma femme et mon fiston à qui j’ai voulu faire découvrir la montagne », raconte Yves Coppens.

La suite est histoire de rencontres et de coups de cœur. Si l’homme, aujour- d’hui âgé de 76 ans, a passé sa vie à faire parler des bouts d’os de lointains ancêtres d’Homo sapiens, il aime par-dessus tout discuter avec ses contemporains et transmettre ce qu’il sait.

Et Dieu sait si ses connaissances sont grandes ! N’avait-il pas participé à l’expédition internationale qui découvrit en 1974 les restes de Lucy, cette australopithèque vieille de 3,5 millions d’années, qui était à l’époque le plus ancien fossile de pré-humain exhumé par des paléontologistes ? Mais il y eut aussi Tchadanthropus uxoris (1 million d’années) et d’autres nombreuses contributions. La commune des Angles finit donc par lui demander de donner une conférence au cours de son séjour sur place, en échange de quoi il deviendrait son invité d’honneur. Yves Coppens accepta. Depuis, la régie de la station organise une journée préhistoire, qu’Yves Coppens cale quoi qu’il arrive sur son agenda très chargé. Car le paléontologiste voyage toujours beaucoup. « La semaine dernière, j’étais en Éthiopie », rappelle-t-il.

Bref, aux Angles, il se pose, transmet son savoir... et voit sa famille : Martine sa femme qui le décrit comme un courant d’air et son garçon de 16 ans. « Nous nous sommes attachés aux gens du village. Nous sommes bien ici », résume Yves Coppens.

Année Néandertal

Cette année, la journée de la préhistoire était consacrée à Néandertal. Une occasion pour Yves Coppens de retrouver Jacques Malaterre, le réalisateur d’Ao, un film sorti le 10 septembre dernier, et qui fut rediffusé au cours de cette journée. Yves Coppens avait travaillé avec lui sur un autre film qui rencontra un grand succès : L’Odyssée de l’espèce. Chaque édition de cette manifestation est aussi l’occasion pour le public de découvrir les techniques employées par nos ancêtres : lancement au propulseur, etc.

Coppens s’intéresse à Lézignan-la-Cèbe

Yves Coppens suit de près la découverte qu’ont faite des archéologues sur un site préhistorique de Lézignan-la-Cèbe, une commune à un jet de pierre de Béziers. Sur ce site, ont été retrouvées des pierres qui pourraient être des outils primitifs. Si tel est le cas, elles confirmeraient la présence de l’homme en Languedoc... il y a plus d’un million d’années (Midi Libre du 6 juin 2009). Ces pierres ont traversé les âges sous une coulée de basalte. Elles ont été mises au jour en même temps que des fossiles d’animaux, par Jean Rouvier, un amateur naturaliste qui a attendu de nombreuses années avant de les présenter à un professeur en sciences de la vie, Jérôme Ivorra.

Une équipe de fouilles fut ensuite coordonnée par Jean-Yves Crochet, maître de conférence honoraire à l’Université Montpellier 2. La découverte, si elle était avérée, serait un chaînon manquant dans la longue marche de l’homme depuis son départ du berceau africain il y a près de 2 millions d’années. Pour le moment, des restes d’Homo ergaster (qui signifie artisan) n’ont été retrouvés qu’en Géorgie, aux portes de l’Europe, ainsi qu’en Espagne. Pour autant, la découverte de Lézignan-la-Cèbe est encore contestée. Yves Coppens, lui, soutient l’équipe qui l’a faite. Ces pierres « confirmeraient la présence très ancienne de l’homme en Europe », explique-t-il. Il devrait se rendre sur place, en compagnie d’un éminent spécialiste de la datation.

Source : Midi Libre du 19/02/2011