mercredi 31 août 2011

Néandertal : il est plus que jamais l'un des nôtres

Paléogénétique. Contrairement à ce que nous avons toujours pensé, l'homme de Néandertal n'était pas inférieur. Il était même bien évolué.

En 2010, nous avons appris qu'il y avait du Neandertal en nous et il a été confirmé que ses capacités cognitives, quoique différentes, n'avaient rien à envier aux nôtres. Quel changement pour cet autre descendant d'Homo erectus né en Europe il y a plus de 500.000 ans!
Cent cinquante ans après la découverte en 1856 de son squelette trapu dans une grotte de la vallée de Neander (de « l'Homme nouveau »), la frontière entre lui et nous est plus mince que jamais. Physiquement, mentalement, toutes les barrières érigées entre nos deux lignées tombent l'une après l'autre…
La bombe lâchée au mois de mai 2010 par Svante Pääbo, de l'Institut Max-Planck, en Allemagne, a encore compliqué la réflexion. Dans une étude, commencée il y a plus de quatre ans, le chercheur suédois et son équipe affirment que de 1 à 4 % du génome humain viendrait de celui de ce cousin longtemps dénigré.

Récupérer l'ADN, une vraie gageure

Les paléogénéticiens sont parvenus à cette conclusion en comparant les ADN nucléaires de cinq hommes d'aujourd'hui avec celui de Néandertaliens. Un exploit scientifique ! Car récupérer de l'ADN ancien en grande quantité est une gageure : en effet, cette longue molécule se fractionne au fil des siècles. Les chercheurs ont utilisé trois petits bouts d'os vieux de 28.000 à 44.000 ans et ont réussi à les faire parler. Outre cette présence d'ADN commun, ils ont aussi pu montrer que ce mélange s'est sans doute fait à la sortie d'Afrique de Sapiens, juste avant que celui-ci ne colonise la planète.
L'étude de Svante Pääbo a ainsi déjà mis en évidence des régions de gènes liés au développement cognitif qui semblaient avoir varié entre Neandertal et Sapiens. Mais la génétique ne pourra, à elle seule, faire le tour de cette gigantesque question. La comparaison de nos crânes à différents âges, révèle que s'ils sont similaires à la naissance, en taille et en forme, ils deviennent chez nous plus globulaires dès la première année. Avec quelles conséquences pour les fonctions cognitives ? Les paléoanthropologues multiplient les études pour le savoir - sans plus aucun parti pris de « supériorité ». Une révolution!
On a en effet longtemps pensé que même si Neandertal possédait de telles capacités, elles étaient forcément inférieures aux nôtres. Ce temps est révolu.
Trois exemples majeurs le prouvent. D'une part, le langage n'est plus notre apanage. Fin 2007 déjà, la découverte dans le génome de Neandertal de « notre » gène FOXP2, parfois appelé « gène du langage », donnait du poids à cette hypothèse. Aucune donnée anatomique de Neandertal, comme la capacité encéphalique, la morphologie du palais, de l'os hyoïde, entre langue et larynx, ou la reconstitution de la position du larynx, ne va à l'encontre de la possibilité d'un langage. Et si à culture matérielle équivalente, d'autres, comme Cro-Magnon, parlaient à la même époque, pourquoi pas lui ? Pour autant, s'agissait-il d'un langage équivalent ? Et de quel type ? On ne peut pas encore le dire…
Le respect des morts, lui non plus, n'est plus notre exclusivité. Dernier bastion de la primauté attribuée à Sapiens : l'aptitude au symbolisme. Certains soulignaient la rareté des parures de dents percées et l'aspect sommaire des rares os gravés trouvés à côté des sublimes grottes ornées de Sapiens.

Il utilisait déjà les pigments

Une théorie voulait ainsi que ce dernier ait influencé Neandertal, relégué au rang de simple imitateur. Finalement, non ! Alors qu'il est admis, chez Sapiens, que l'usage de pigments signe l'existence d'une « vraie » activité symbolique, en janvier 2010, l'équipe internationale dirigée par le professeur João Zilhão a prouvé qu'il y a 50.000 ans, soit 10.000 ans avant l'arrivée de l'homme moderne, Neandertal utilisait déjà des pigments. Les sites de Cueva de los Aviones et Cueva Antón, au Portugal, ont révélé l'usage de pigments ocres associés à celui de coquillages qu'ils pouvaient tailler ou percer.
Par ailleurs, on a longtemps pensé que l'industrie lithique - la taille d'objets en pierre - de Neandertal était plus primitive que « la nôtre ». Mais, à époque identique, ses capacités de taille, quoique différentes, égalaient celles de nos prédécesseurs. De même, après l'analyse des os de ses proies (souvent de gros animaux, aurochs, rennes, ours…) et de certains de ses sites de chasse, les chercheurs en font « le plus grand des chasseurs » à l'opposé du charognard incapable de planifier ses activités.
Un physique différent, mais si peu; un génome mêlé au nôtre; une culture, une pensée symbolique… Neandertal serait-il finalement un Sapiens pas tout à fait comme les autres? La vraie question, c'est : « Qu'est-ce que l'humain ?» C'est là que se situe le véritable débat. Il est ouvert.

Source : L'Union du 28/08/2011