vendredi 5 août 2011

Où l’homme a-t-il appris à marcher ?

Jusqu'ici, les spécialistes n'étaient pas tous d'accord : l’homme est-il réellement devenu bipède pour s’adapter aux hautes herbes de la savane ? Pour trancher la question, une étude portant sur l'évolution de la végétation africaine sur sept millions d’années a été menée.

En 1925, naissait ce qui a été baptisé la "théorie de la savane". Selon celle-ci, les hominidés d’il y a plusieurs millions d’années se seraient adaptés à la savane apparue en Afrique de l’est à la place de la forêt tropicale qui s’y trouvait jusqu'ici. Pour cela, ces ancêtres des australopithèques, de l'Homme moderne, des gorilles et des chimpanzés se seraient alors redressés et seraient bipèdes, leur permettant de mieux évoluer dans le nouvel environnement.

Mais récemment, cette théorie a été cruellement remise en question lorsque des scientifiques sont parvenus à prouver que des zones désertiques existaient bien avant la transition vers la savane. Pour ne rien arranger, les scientifiques ne sont pas tous d'accord sur la définition de savane, puisqu’elle peut aussi bien désigner une région semi-désertique qu’une région forestière selon les cas.

Pour trancher la question, des géologues et biologistes ont décidé d'étudier l'évolution qu'a subie la végétation sur près de sept millions d’années. Plus précisément, l'équipe de chercheurs s'est intéressée aux différentes formes de carbone laissées par les plantes sur les sédiments dans deux des régions d'Afrique de l'Est les plus riches en fossiles d'homininés: la vallée de l'Awash, où les restes de l'Australopithèque Lucy ont été découverts, et le bassin de l'Omo-Turkana, tous deux situés en Ethiopie, explique l'AFP.

Les étendues de savane existaient bien déjà

Publiés dans la revue Nature, les résultats de l’étude ont alors montré "que des milieux ouverts ont existé, de manière ininterrompue, durant les six derniers millions d'années dans les régions d'Afrique de l'Est où les fossiles proto-humains les plus significatifs ont été trouvés", résume le Pr Thure Cerling, de l'Université d'Utah et auteur principal. "A certains moments, elle était plus broussailleuse, à d'autres moments elle l'était moins", mais il s'agissait toujours essentiellement de "prairies", en d'autres termes de "savanes", explique le professeur. Mais faute de preuves, la théorie de la savane resterait bien valide.

Cependant, un commentaire de Craig Feibel, un autre spécialiste en géologie et paléontologie souligne qu’"alors que des habitats ouverts prédominaient pour les créatures que certains considèrent comme les plus anciens bipèdes, un bipède plus récent, l'australopithèque, s'est développé dans des habitats boisés". De plus, "la plupart des fossiles que nous avons découverts ont été trouvés où l'individu est mort ou à l'endroit où ses os ont été transportés, mais pas nécessairement où il vivait", précise-t-il cité par Sciences et avenir.

De nouvelles recherches sont donc actuellement réalisées pour tenter de recouper ces données écologiques avec les connaissances disponibles sur les fossiles pour mieux connaître la répartition spatiale et les habitudes de vie de nos ancêtres entre ces différents milieux "ouverts" et "couverts".

Source : Maxi Sciences du 04/08/2011