vendredi 9 septembre 2011

La main agile de l'australopithèque "mosaïque"

Un australopithèque découvert en Afrique du Sud, à la fois archaïque et moderne, pourrait être un ancêtre de la lignée humaine. Sa main, très bien conservée, était étonnamment habile pour un australopithèque de presque 2 millions d'années !

Son nom de baptême est Australopithecus sediba mais on pourrait le surnommer Australopithecus mosaïcus, tant son squelette est un étonnant mélange de caractères primitifs –proches des grands singes et des australopithèques- et évolués, qui le rapprochent de la lignée des Homo. Cet hominidé a été présenté pour la première fois en avril 2010 mais il revient en force cette semaine, les ossements de sa main ornant la Une de la revue Science. D’après son découvreur Lee Berger, de l’Université du Witwatersrand de Johannesburg, Australopithecus sediba aurait été très habile de ses mains et il serait bien placé pour prétendre au titre d’ancêtre d’Homo erectus !

Crâne et main de l'australopithèque découvert dans la grotte de Malapa. Le crâne de l'adolescent n'a pas été totalement dégagé des sédiments afin de le préserver.

Une main presque complète

Cet australopithèque dont les fossiles ont été retrouvés dans la grotte de Malapa, en Afrique du Sud, vivait il y a plus de 1,9 million d’années. Deux spécimens, un adolescent et un adulte de sexe féminin, ont d’abord été exhumés et c’est eux qui ont été étudiés. Cependant les restes de 5 individus ont été découverts depuis le début des fouilles, en août 2008. Ils sont probablement tombés dans une sorte de puits naturel, où ils ont été recouverts de sédiments.

Les paléoanthropologues disposent d’un matériel exceptionnel, avec des crânes et des dents, la main la plus complète jamais retrouvée pour un hominidé de cette époque, ainsi que des os du bassin, de la cheville et du pied. Ces fossiles se trouvent entre deux couches de carbonate de calcium qui ont été datées avec une grande précision, en combinant deux méthodes : la désintégration de l’uranium et le paléomagnétisme. L’âge des fossiles est donc situé entre 1,977 et 1,98 millions d’années.

Une main très habile ?

Australopithecus sediba est plus jeune que Lucy (Australopithecus afarensis) d’au moins un million d’années et il est contemporain des tous premiers représentants du genre Homo. Le plus ancien serait Homo habilis, l’homme habile, le premier connu pour son outillage. Mais la main d’A. sediba jette le trouble. D’après Lee Berger et ses collègues, l’hominidé de Malapa avait une pince très précise entre son pouce et son index (sans utiliser la paume). En effet son pouce est relativement long par rapport à ses doigts, et bien musclé, ce qui lui aurait permis une manipulation des objets compatible avec la fabrication d’outils, affirment les paléoanthropologues. Pour l’instant aucun outil n’a été retrouvé mais les fouilles se poursuivent à Malapa.

Le poignet d’A. sediba est plus proche de celui de l’homme moderne que le poignet d’Homo habilis, selon les chercheurs. Cependant sa main possède aussi des caractères archaïques, comme cette flexion permettant de grimper facilement aux arbres. La mosaïque de caractères est encore plus frappante pour le pied, dont le talon est étroit comme chez les grands singes mais qui aurait une voûte plantaire et un tendon d’Achille plus proche de celui des Homo bipèdes. La démarche d’A. sediba sur deux pieds était sans doute différente de ce que l’on connaît jusqu’à présent.

L'évolution du bassin remise en question

Comme si le puzzle n’était pas assez compliqué, les os du bassin corsent encore le tableau. Le bassin de l’australopithèque femelle de Malapa est en effet moins plat et plus large que celui de Lucy et davantage en forme de ‘saladier’ comme celui des humains.


Les bassins des deux spécimens de Mapala, l'adolescent (à gauche) et la femelle.

Jusqu’à présent, la théorie relie l'évolution du bassin avec celle de la taille du cerveau –et donc du crâne des nouveau-nés. Mais le cerveau de cet hominidé n’est pas plus gros que celui des autres australopithèques. Ce serait donc un autre facteur qui aurait modelé son bassin. Peut-être la locomotion, suggèrent les chercheurs.

L’affaire est suffisamment compliquée pour que les paléoanthropologues reprennent leur souffle avant de placer Australopithecus sediba sur la bonne branche de ce buisson foisonnant que forment des lignées d’hominidés. D’après Berger et ses collègues, A. sediba pourrait bien être l’ancêtre d’Homo erectus, remettant en question le statut d’Homo habilis.



Grâce au synchrotron de Grenoble (ESRF), des chercheurs ont obtenu une image précise à 90 microns près de l'intérieur de la boîte crânienne de l'adolescent de Mapala. Cela permet de reconstituer la forme du cerveau. L'encéphale ne mesurait que 420 cm3 mais la bosse à l'avant du crâne, derrière les yeux, aurait pu permettre une organisation du cerveau -des repliements- facilitant les connexions neuronales, analysent les chercheurs dans Science. Une caractéristique retrouvée chez les Homo.

Source : Science et Avenir du 08/09/2011