jeudi 29 septembre 2011

Le séquençage du génome d'un aborigène australien révèle leurs migrations

Le séquençage du génome d'un aborigène d'Australie révèle que ses ancêtres ont quitté l'Afrique pour s'aventurer sur le continent asiatique bien avant les autres colonisateurs de l'Eurasie, prouvant que l'Asie a été peuplée par plusieurs vagues migratoires.

Selon cette recherche publiée jeudi dans la revue américaine Science datée du 23 septembre, les aborigènes australiens sont les descendants directs d'hommes qui ont émigré d'Afrique -- le berceau de l'humanité-- il y a environ 70.000 ans.

Les ancêtres des populations européennes et asiatiques d'aujourd'hui sont sortis d'Afrique au moins 24.000 ans plus tard, estiment ces chercheurs.

Ce séquençage a été fait à partir d'une mèche de cheveux donnée par un jeune aborigène à un anthropologue britannique au début du XXe siècle. Il indique que les Aborigènes d'Australie pourraient avoir atteint cette destination voilà 50.000 ans.

Ils représentent ainsi l'une des populations qui, hors d'Afrique, vit depuis le plus longtemps sur la même terre.

"Les aborigènes d'Australie descendent des premiers explorateurs humains (...) et ont été les premiers hommes modernes à avoir traversé des territoires inconnus en Asie avant de se rendrent en Australie", explique le professeur Eske Willerslev de l'Université de Copenhague, le principal auteur de ces travaux.

"Ce voyage extraordinaire a dû requérir des talents exceptionnels de survie et un grand courage", poursuit-il, relevant que durant cette période les ancêtres des Européens et des Asiatiques d'aujourd'hui étaient encore en Afrique ou au Proche-Orient attendant d'entreprendre leur conquête de l'Eurasie.

Selon ces chercheurs, les ancêtres des aborigènes australiens ont probablement quitté l'Afrique au moins 24.000 ans avant les peuplades dont descendent les Européens et les Asiatiques d'aujourd'hui.

Le séquençage du génome de cet aborigène permet de déterminer que l'Asie de l'Est a été peuplée par plusieurs vagues migratoires successives et non en une seule migration, une question qui était jusque-là controversée.

Ces chercheurs ont pu comparer le génome aborigène séquencé avec 79 autres génomes d'Asiatiques, d'Européens et d'Africains modernes qui n'a montré aucun apport génétique européen et asiatique direct.

Ils ont aussi séquencé le génome de trois Chinois Han.

Jusqu'alors, selon la théorie la plus communément acceptée parmi les anthropologues, tous les hommes modernes sont issus d'une seule migration d'Afrique vers l'Europe, l'Asie et l'Australie.

Selon ce modèle désormais remis en question, les aborigènes d'Australie seraient une branche descendant de la population asiatique déjà séparée des Européens.

Or cette étude génétique prouve que les ancêtres des aborigènes australiens avaient commencé leur exploration de l'Asie longtemps avant que les premières populations européennes et asiatiques eurent divergé entre 50.000 et 25.000 ans en arrière.

Une recherche séparée publiée jeudi dans l'American Journal of Human Genetics conforte également la théorie de migrations successives de l'Asie.

Selon cette étude génétiques des croisements entre des Denisovians --cousin ancien de l'homme moderne aujourd'hui éteint -- et certaines populations aborigènes d'Asie dont d'Australie remontent à plus de 44.000 ans.

"La présence de la signature génétique des Denisovians dans certaines populations d'Asie du sud-est et pas dans d'autres montre qu'ils vivaient déjà dans cette région", souligne Mark Stoneking, professeur à l'Institut Max-Planck en Allemagne et principal auteur de ces travaux.

L'existence passée des Denisovians a été révélée en 2010 après la découverte en 2008, dans une caverne à Denisova en Russie, de l'os d'un doigt et d'une dent, seuls fossiles connus de ce cousin disparu de l'Homo sapiens.

Source : Libération du 23/09/2011