mardi 27 septembre 2011

Sediba, le « chaînon manquant » entre les Australopithèques et le genre Homo ?

L'étude d'un Australopithèque sud-africain suggère qu'il s'agit d'un stade évolutif précédant de très peu les premières espèces humaines.

Il y a du nouveau sur Australopithecus sediba, un Australopithèque découvert en 2008 dans la grotte de Malapa, en Afrique du Sud. Ses découvreurs viennent de réexaminer de près sa datation et sa physiologie, et en concluent qu'Australopithecus sediba pourrait être le chaînon manquant reliant les Australopithèques aux premiers représentants du genre Homo.

Les deux squelettes d'Au. sediba découverts avaient été datés entre 1,78 et 1,95 million d'années à partir des os d'animaux qui les entouraient. Lee Berger, de l'Université du Witwatersrand, et ses collègues sud-africains et australiens ont soigneusement analysé les strates sédimentaires entourant leurs deux fossiles. Après en avoir daté toutes les couches, ils ont pu restituer comment s'est constitué le « sarcophage sédimentaire » des fossiles : les sédiments entourant directement les deux Au. sediba de Malapa se seraient accumulés pendant une brève inversion du champ magnétique terrestre, laquelle peut être précisément datée ! Ainsi, les deux spécimens de Au. sediba datent de 1,977 million d'années.

Cela implique qu'Au. sediba précède de quelque 80 000 ans les premières espèces du genre Homo au statut humain et à l'ancienneté bien attestés, dont l'apparition est située vers 1,9 million d'années. Or l'examen des caractéristiques d'Au. Sediba lui confère un statut préhumain. Scruté aux rayons X à l'ESRF, le synchrotron européen à Grenoble, l'intérieur de la boîte crânienne du premier squelette, MH-1, un individu de 12 à 13 ans, revèle une grande proximité de forme avec un cerveau humain. Lorsqu'ils ont examiné le bassin de MH-2, une femelle adulte, les chercheurs ont relevé un surprenant mélange de caractéristiques archaïques et humaines. Si le bassin de l'Australopithèque de Malapa n'avait pas encore évolué pour laisser passer des nouveaux-nés au cerveau volumineux, les caractéristiques pelviennes nécessaires se profilaient déjà. De même, une main de MH-2, entièrement conservée, se révèle d'une construction peu adaptée pour l'escalade des arbres, mais facilitant la préhension précise, ce qui suggère que la production d'outils faisait partie du mode de vie d'Au. sediba. Ses pieds sont aussi clairement dotés de tendons d'Achille et d'un début de voûte plantaire – des caractéristiques bien humaines – alors qu'il a des talons simiesques.

Dans l'ensemble, l'impression qui se dégage est que l'Australopithèque de Malapa présente toutes les caractéristiques morphologiques qui, chez Homo rudolfensis et Homo ergaster – deux espèces d'hominidés datant de 1,8 millions d'années –, annoncent l'évolution vers Homo erectus, notre ancêtre probable. Tout cela suggère que les Australopithèques graciles dont l'évolution a produit le genre Homo ressemblaient beaucoup à Au. sediba.

Source : Pour la Science du 19/09/2011