lundi 17 octobre 2011

Un atelier d'artiste préhistorique

En Afrique du Sud, des paléontologues ont découvert dans une grotte les vestiges d’un atelier d’artiste préhistorique datant de 100 000 ans.

En 2008, des vestiges d'outils et des coquilles de mollusques recouverts de pigments rouges ont été découverts dans la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, enfouis dans une couche sédimentaire daté de 100 000 ans. Ils représentent les traces d’un atelier d’artiste préhistorique jonché de marteaux et de meules, dans lequel les premiers hommes fabriquaient et stockaient de l’ocre, sous forme de pate colorante rouge, l’un des premiers pigments connus.

Une équipe internationale, à laquelle collaboraient des chercheurs du CNRS, a étudié ces vestiges et notamment deux coquilles d’ormeaux qui ont servi à garder un mélange rouge riche en ocre qui était combiné à de l'os et à du charbon. Les coquilles ont des trous pour la respiration, ce qui implique qu'ils ont dû être bouchés pour qu'elles puissent servir de récipient.

Dans la revue Nature, les chercheurs sont parvenus à reconstituer la recette mise en œuvre par les hommes préhistoriques pour fabriquer leur pigment. Ils ont notamment mis en évidence l'utilisation délibérée de trois types de roches riches en deux minéraux, l'hématite et la goethite, des oxydes de fer parmi les plus répandus.

Les hommes préhistoriques obtenaient le pigment en débitant puis en broyant ces roches, ou en les abrasant contre des meules en quartzite. La découverte de fragments d'os spongieux suggère également que de la moelle osseuse devait être utilisée comme liant.

Cet atelier constitue le plus ancien témoignage d'une production et d'une conservation de matières colorantes. Sa découverte permet d'enrichir considérablement les connaissances dans ce domaine de la fabrication et de l’utilisation de pigments. Il n'est pas encore évident de dire à quoi pouvait servir cet ocre mais les paléontologues suggèrent que ces premiers Homo sapiens ont pu l'utiliser pour peindre leur corps ou faire de simples décorations artistiques.

Source : Sciences et Avenir du 14/10/2011