mercredi 9 novembre 2011

L'homme moderne, européen de longue date

Des hommes anatomiquement modernes auraient remplacé les Néandertaliens dans le Sud de l'Italie il y a 45000 ans, soit 5 000 ans avant la date généralement admise.

Une collaboration européenne rassemblant 13 laboratoires, dont ceux d'anthropologie des Universités d'Aix-Marseille et de Bordeaux, vient de montrer que deux dents de lait retrouvées en 1964 dans les Pouilles, en Italie, appartiennent à Homo sapiens alors qu'elles sont vieilles de quelque 45000 ans ! De quoi revoir la chronologie de la transition Néandertaliens-Homo sapiens…

Mal définie sur le plan chronologique par manque de datations fiables, cette période s'étend de l'arrivée des Homo sapiens en Europe à la disparition des Néandertaliens. Du point de vue de la culture matérielle, elle correspond au remplacement progressif en Europe des industries typiquement néandertaliennes du Moustérien (–300 000 à –30 000 ans) par de nouvelles industries lithiques intermédiaires entre les industries moustériennes et celles de l'Aurignacien (–37 000 à –28 000 ans) dues à l'homme anatomiquement moderne. On hésite donc à attribuer ces cultures intermédiaires aux Néandertaliens plutôt qu'aux Homo sapiens. En Europe centrale, il s'agit par exemple du Széletien (–50 000 à –35 000 ans), en Italie, de l'Uluzzien (de –37 000 à –33 000 ans), en France du Châtelperronien (–38 000 à –32 000 ans).

Le réexamen de deux molaires trouvées en 1964 dans la Grotta del Cavallo à Uluzzo, en Italie, et supposées appartenir à des Néandertaliens, clarifie le cas de l'Uluzzien. Après avoir minutieusement comparé la géométrie, l'épaisseur de l'émail et la structure interne de ces dents à celles de Néandertaliens et d'hommes modernes, les chercheurs ont conclu qu'il s'agit de dents de laits d'Homo sapiens très anciennes. Les datations au carbone 14 de huit perles en coquillage trouvées dans les mêmes strates que les dents situent en effet leur âge entre 44 000 et 45 000 ans. En outre, rien n'indique que les porteurs de la culture uluzzienne sont les descendants de ceux de la culture moustérienne (les Néandertaliens), puisque dans la Grotta del Cavallo, les strates moustériennes et les strates uluzziennes sont séparées par des couches de cendres volcaniques stériles. Les porteurs de la culture uluzzienne étaient manifestement des hommes modernes, ce qui en fait les plus anciens d'Europe…

Source : Pour la Science du 03/11/2011


À cause de son âge, mais aussi des caractères particuliers de l'industrie lithique retrouvée sur place, on pensait que cette molaire de lait vieille de 45 000 ans avait été perdue par un enfant néandertalien. Or l'étude poussée de ses caractéristiques morphologiques vient de révéler qu'il s'agit d'une dent de lait d'Homo sapiens.












L'arrivée d'Homo sapiens en Europe est généalement datée à –40 000 ans, mais plusieurs indices laissent penser que dès –45 000 ans, des hommes anatomiquement modernes se sont installés à l'Est de l'Europe, dans les Balkans et même en Italie du Sud. Ils y ont fondé des traditions intermédiaires entre le Moustérien – la culture matérielle commune aux Néandertaliens d'Eurasie et aux premiers hommes anatomiquement modernes arrivés au Proche-Orient vers –100 000 ans – et l'Aurignacien – la première culture matérielle caractéristique des hommes anatomiquement modernes d'Europe, à partir de –37 000 ans.






Ces petits outils et ces perles en coquillages caractérisent la culture uluzzienne. On remarque par exemple un racloir en forme de croissant de lune. Il rappelle certains outils châtelperroniens, une culture du Sud-Ouest de la France intermédiaire entre le Moustérien et l'Aurignacien que, comme l'Uluzzien, on attribuait jusqu'à aujourd'hui aux Néandertaliens. Faut-il réexaminer aussi cette attribution ?