lundi 5 décembre 2011

Un matériel de peinture vieux de cent mille ans

Un nécessaire à peinture, daté de 100 000 ans, vient d’être mis au jour par une équipe internationale dans la grotte de Blombos en Afrique du Sud.

Les préhistoriens savaient déjà qu'il y a plus de 100 000 ans certains populations, notamment en Afrique du sud et du nord, ont commencé à fabriquer de la poudre d'ocre. Plusieurs indices, comme le choix des teintes, leur laissaient penser qu'elles cherchaient ainsi à obtenir une sorte de peinture. Mais personne n'imaginait vraiment découvrir comment procédaient exactement des populations aussi anciennes. Or ce « kit » fournit un éclairage très détaillé sur les recettes employées par ces hommes préhistoriques.

Jusqu'ici, l'essentiel des preuves archéologiques de cette activité se limitait à des morceaux d'ocre frottés sur des surfaces dures pour en extraire la poudre. Or à Blombos, ce qui est à été découvert est bien plus fourni. Il y a deux coquillages servant de godet à peinture. L'un était fermé d'une pierre, qui en protégeait le contenu et a également servi à frotter l'ocre.

Tout contre cet ensemble, se trouvaient plusieurs morceaux de pierre taillée servant à broyer le pigment : de l'ocre rouge, qui n'était cependant pas la seule couleur. Car posé à l'intérieur de l'autre coquillage, se trouvait un broyeur. Il était recouvert d'ocre rouge, mais présentait encore sur une face du pigment jaune, provenant d'une utilisation antérieure.

Le contenu du premier coquillage montre comment la mixture était probablement obtenue. De l'os spongieux était d'abord chauffé puis écrasé avec une pierre. Il était alors mélangé à de la poudre d'ocre, afin de donner à la peinture le liant nécessaire à sa tenue. Un liquide, sans doute de l'eau, était probablement ajouté pour fluidifier la mixture. En effet, des traces de séchage sont visibles à l'intérieur du coquillage.

Il y avait également un os de canidé, dont l'extrémité semble avoir trempé dans l'ocre. S'agit-il d'une sorte de touilleuse ? « Sans doute pas, explique l'un des archéologues de l'équipe, Francesco D'Errico, du laboratoire Pacea à Bordeaux, car elle aurait laissé de nombreuses traces à l'intérieur du coquillage. Je crois plutôt que l'homme a mélangé la peinture au doigt. L'os serait alors une sorte de pinceau. »

L'usage que faisait ces hommes de cette peinture reste en tout cas inconnu. Peut-être s'en servaient-ils pour tracer des signes géométriques, comme ceux, assez malhabiles, gravés sur des morceaux d'ocre de Blombos à la même époque. Ils les peignaient peut-être sur les parois des grottes, bien qu'elles ne semblent pas en avoir gardé la trace, ou des parties de leur corps.

« Le plus important dans cette découverte, c'est son excellente préservation, qui nous offre un aperçu assez unique des techniques utilisés par ces populations », indique Larry Barham, professeur à l'université de Liverpool. Cependant, ce savoir-faire n'est pas une preuve que ces groupes auraient été particulièrement évolués. « Les néandertaliens par exemple, explique Francesco D'Errico, savaient fabriquer de la colle à partir d'écorce de bouleau, qu'ils faisaient longuement chauffer dans un milieu pauvre en oxygène : c'est autrement plus compliqué que de mélanger des couleurs ! »

Source : La Recherche du 21/11/2011