jeudi 5 avril 2012

Le feu déjà utilisé il y a un million d'années

Une équipe internationale d'archéologues et préhistoriens a découvert, dans une grotte d'Afrique du Sud, des traces prouvant qu'Homo erectus a su se servir du feu, bien avant sapiens et Néandertal.

C'est une question que les archéologues et préhistoriens se posent depuis très longtemps: quand les humains ont-ils domestiqué le feu? L'affaire est cruciale dans l'évolution humaine, car elle a des conséquences importantes sur la morphologie même des hommes et sur leur capacité de survie. Et de plus en plus d'études indiquent que l'utilisation de la flamme est bien plus ancienne qu'on ne le pensait.

La dernière en date, menée par une équipe internationale (États-Unis, Canada, Allemagne, Israël et Afrique du Sud), fait ainsi remonter cette domestication à plus d'un million d'années ( PNAS , 3 avril 2012). Les chercheurs ont passé au crible de leurs appareils (dont un microspectromètre très performant) les sédiments présents dans un site archéologique connu, la grotte de Wonderwerk, en Afrique du Sud.

«Sans ambiguïté»

En étudiant la texture, le magnétisme, la couleur, la disposition de résidus d'os, de végétaux et de cailloux, ils affirment que leurs résultats «fournissent, sans ambiguïté, la preuve que le feu était utilisé dans cette grotte il y a quelque 1 million d'années». D'autres études avaient déjà donné des résultats datant de plus d'un million d'années mais sans que l'on puisse exclure qu'ils aient résulté d'incendies naturels.

Jusqu'ici, il était admis que la domestication du feu datait de 300.000 à 400.000 ans et avait été effectuée par Homo sapiens et Néandertal. Ce nouveau résultat les détrône et décerne les honneurs des premières utilisations du feu à son prédécesseur, Homo erectus.

Des traces de charbon de bois trouvées en 1999

Bien sûr, il n'est pas possible sur la base de ces recherches d'affirmer qu'H. erectus ait su faire autre chose que conserver le feu recueilli après un incendie par exemple, comme le racontait, au début du XXe siècle, J.-H. Rosny aîné dans La Guerre du feu. Même si l'on sait maintenant que ce qu'il décrivait de la vie des hommes il y a 100.000 ans n'était pas conforme à la réalité.

Mais les auteurs de cette dernière étude placent résolument leurs résultats dans le cadre de la théorie du chercheur américain Richard Wrangham, qui affirme que c'est la cuisine et l'utilisation du feu qui ont permis à l'homme moderne d'émerger. Wrangham et ses collègues avaient publié dès 1999 des résultats de fouilles présentant des traces de charbon de bois sur des sites d'H. erectus. Mais impossible de prouver que ce dernier l'utilisait pour se chauffer ou cuisiner.

Plus de calories

Richard Wrangham s'est donc demandé quelles conséquences auraient eu un changement de régime alimentaire, principalement de passer du cru au cuit. Outre les améliorations gustatives et nutritionnelles (plus de calories facilement utilisables) apportées par la cuisson, le chercheur estime que la facilité de mastication des aliments cuits peut avoir «sélectionné» des individus aux mâchoires moins proéminentes, permettant par voie de conséquence un développement de la boîte crânienne et donc du volume du cerveau. Ce qui lui permit, plus tard, d'inventer le briquet et les allumettes.

Source : Le Figaro du 03/04/2012