samedi 7 avril 2012

L'homme faisait-il griller la viande il y a un million d'années ?

L'utilisation du feu par l'homme pour cuire ses aliments remonterait à un million d'années, selon de nouvelles observations. De quoi renforcer l'idée selon laquelle la viande grillée a joué un rôle primordial dans l'évolution !

Un Homo erectus mangeait-il sa viande crue ou cuite? D’après de nouvelles analyses menées dans une grotte en Afrique du Sud, un H. erectus -ou un autre homininé vivant il y a un million d’années- aurait utilisé le feu, probablement pour cuire ses aliments, bien avant la date admise pour la domestication du feu. Michael Chazan (University of Toronto, Canada) et ses collègues ont en effet découvert des traces de combustion datant d’un million d’années dans la grotte de Wonderwerk, où les signes d’occupation humaine remontent à 2 millions d’années.

La grotte de Wonderwerk, en Afrique du sud, est un long tube de 140 m de long. C'est à une trentaine de mètres de l'entrée que les paléontologues ont découvert les cendres, dans une couche sédimentaire de 1 million d'années.

L’utilisation du feu est un tournant dans l’histoire de l’évolution humaine. La viande cuite fournit plus d'énergie que la crue, comme le confirmait une étude récente (Du rôle de la cuisson dans l'évolution). La mastication est plus facile, la taille de la mâchoire peut régresser au profit de celle de la boîte crânienne… Selon l’anthropologue britannique Richard Wrangham, les changements de morphologie observés à partir d’Homo erectus sont liés à la consommation d’aliments cuits. Son hypothèse remet en question l’idée longtemps admise que l’humain n’a utilisé le feu pour cuisiner qu’il y a 500.000 ans environ.

Dans la grotte de Wonderwerk, Michael Chazan et ses collègues ont découvert des vestiges de cendres contenant des plantes et des bouts d’os carbonisés. Les angles bien marqués des particules de cendres indiquent qu’elles n’ont pas été transportées par de l’eau ou du vent, expliquent aujourd'hui les chercheurs dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. La combustion –essentiellement des matériaux légers comme de l’herbe, des petites branches ou des feuilles- aurait donc bien eu lieu in situ.

Ces cendres ne sont pas directement liées à la présence de l’homme. Cependant, la grotte ayant été habitée par des homininés, les chercheurs suggèrent qu’ils en ont été les artisans. Ils auraient pu profiter d’un feu naturel pour allumer un foyer et cuire leurs aliments.

Ce n’est pas la première fois que des traces de feu anciennes sont ainsi associées à la présence humaine. Sur le site de Gesher Benot Ya’aqov, en Israël, des vestiges de foyers de 700.000 à 800.000 ans ont été découverts. A Swartkrans, en Afrique du sud, ce sont des os carbonisés de 1 à 1,5 million d’années qui ont été identifiés. Des traces de feu vieilles de 1,5 million d’années environ ont été annoncées dans plusieurs sites en Ethiopie et au Kenya.

Cependant, pour tous ces sites très anciens, le doute demeure : s’agit-il vraiment d’un feu contrôlé ou d’un feu sauvage? Les cendres ont-elles été transportées ou ont-elles été produites in situ? Il est plus difficile de conclure pour des cendres que pour un outil ou des os fossiles. Seuls des sites plus récents, comme Menez Dregan en Bretagne (Finistère), attestent de façon certaine de l’utilisation du feu par l’homme. Les origines de la cuisine gardent leur part de mystère..

Source : Sciences et Avenir du 03/04/2012