lundi 21 mai 2012

Les plus vieilles peintures d'Europe dans le Périgord

L'abri Castanet renfermait, sous des décombres de roches, les plus anciennes œuvres d'art connues à ce jour.


Ce n'est pas seulement sur les parois des grottes que l'on peut trouver des peintures rupestres, des gravures ou des bas-reliefs. Il y en a aussi dans ce qu'on appelle les abris sous roche. En Dordogne, il y a plus de 30.000 ans, ces renfoncements situés au pied des falaises ont été souvent occupés par les hommes de l'Aurignacien. Dans la plupart, les parois et les plafonds où les figures étaient tracées se sont effondrés au cours du temps. Pour les reconstituer, les archéologues doivent retourner les roches tombées au sol. Exercice délicat, car il faut soigneusement séparer le sol et les parois en évitant de les détériorer.

Un paysan passionné de préhistoire


Les premiers abris sous roche ont été fouillés au début du XXe siècle. En 1911-1913 et 1924-1925, l'abri Castanet, dans la vallée de la Vézère, a livré de nombreux outils en pierre, pointes de flèche en bois de renne, perles en ivoire de mammouth, peintures, gravures, etc. Il avait été fouillé par Marcel Castanet, un paysan passionné de préhistoire, sous la conduite successive de deux archéologues patentés: Louis Didon et Denis Peyroni. C'est l'un des sites portant les plus anciennes traces d'activités symboliques d'Homo sapiens en Eurasie.

En 2007, une équipe d'archéologues français conduits par Randall White, de la New York University, a entrepris de continuer les fouilles de l'abri Castanet. Ils ont découvert un bas-relief représentant une vulve féminine, un anneau cassé, creusé directement dans la roche, et un fragment de peinture représentant les pattes d'un animal qui pourrait être un bovidé. Les datations au carbone 14 indiquent que le site remonte à plus de 37.000 ans, ce qui fait de ces œuvres pariétales les plus anciennes au monde, antérieures à la grotte Chauvet de quelques centaines d'années .

L'étude est publiée cette semaine dans la revue de l'Académie des sciences américaines (PNAS). Une autre étude, qui devrait sortir prochainement, relate la découverte d'une trentaine de petits blocs rocheux ouvragés.

«L'abri Castanet n'a rien d'un sanctuaire comme une grotte ornée. Ici, on est dans le quotidien des hommes de l'Aurignacien», souligne Raphaëlle Bourrillon, de l'université de Toulouse-le-Mirail. Les pièces archéologiques sont inscrites dans leur contexte domestique. La fouille devrait encore apporter beaucoup d'informations sur les hommes de l'Aurignacien et leurs représentations graphiques. Les études palynologiques (pollens), par exemple, devraient donner des indications sur la végétation dans le sud-ouest de la France à cette époque.

«Beaucoup d'abris pas encore fouillés»

Il y a 37.000 ans, la voûte devait s'élever à deux mètres au-dessus du sol, les humains pouvaient la toucher. «Il est difficile d'imaginer sa configuration», reconnaît toutefois Raphaëlle Bourrillon. A l'aplomb de l'endroit où la voûte est tombée, les outils en pierre ont explosé en mille morceaux au milieu des traces de charbon de bois. Il n'en reste rien. Quelques mètres plus loin, là où la voûte est restée en place, des outils en pierre, des perles en ivoire et des ossements d'animaux ont été parfaitement conservés dans les couches sédimentaires.

«Il y a beaucoup d'abris sous roche dans le Périgord qui n'ont pas encore été fouillés. Nous allons faire des sondages», confie Randall White. Dans la région, les abris sous roche restés intacts sont rares. Les principaux sont l'abri du Poisson et l'abri Lartet, d'occupation plus récente, il y a près de 25.000 ans.