lundi 13 août 2012

Comment nos ancêtres se nourrissaient-ils ?

La revue Nature vient de publier une étude de chercheurs français montrant les tendances alimentaires de nos ancêtres. Les analyses de traces d'éléments contenus dans des dents fossiles auraient en effet permis de déterminer que les australopithèques mangeaient de manière variée, tandis que les palanthropes et Homo avaient des goûts plus spécialisés.

Une étude de chercheurs français vient de déterminer le régime alimentaire de trois genres d'hominidés sud-africains : l'australopithèque, le paranthrope et l'Homo. Pour cela, les équipes de Vincent Balter (Laboratoire de Géologie de Lyon (CNRS/ENS)) et José Braga (Laboratoire d'Anthropologie moléculaire de Toulouse) ont quantifié les traces d'éléments présents dans les dents fossiles de nos lointains ancêtres. L'étude est parue ce mercredi 8 août dans la revue Nature.

Les australopithèques ont vécu entre 4 millions et 2 millions d'années avant notre ère. Ce sont des ancêtres communs des paranthropes et des Homo. Mais, ils "étaient beaucoup plus opportunistes qu'eux", d'après les scientifiques. Cela signifie que leur alimentation aurait été largement plus variée que celle de leurs deux successeurs. Ils auraient en effet mangé "ce qu'ils trouvaient dans la nature", que ce soit des fruits, notamment des baies, ou des carcasses d'animaux morts. Une précédente étude de chercheurs allemands et américains, parue fin juin dans Nature, avait déjà montré que l'Australopithecus sediba se nourrissait également de bois et d'écorce.

Des Homo très "viandards"

Les paranthropes, quant-à-eux, ont existé entre 2,5 et 1,2 millions d'années avant notre ère et auraient consommé uniquement des végétaux. "On les imagine manger des racines, de l'écorce, des choses assez dures à broyer", déclare Vincent Balter. Les Homo quant à eux, sont nos ancêtres directs et sont apparus il y a environ 2,4 à 2,3 millions d'années. Mais ils auraient été "beaucoup plus "viandards"" que les paranthropes, d'après les chercheurs. Ils se seraient en effet probablement servis d'outils pour tirer de la chasse leurs principales ressources alimentaires. "Ils avaient besoin de cette viande pour subvenir aux demandes énergétiques d'un cerveau qui ne cessait de grossir", commente Vincent Balter.

Les recherches ont été réalisées sur des dents fossiles conservées au Muséum du Transvaal à Pretoria, "cassées ou déjà coupées en deux". Un laser à été utilisé, permettant de percer de minuscules trous avant d'analyser la composition chimique de l'émail dentaire. Le faisceau-laser avait pour but de tracer des profils suivant la croissance de l'émail et d'enregistrer, "pour chacune des dents, une tranche de vie et l'évolution du régime alimentaire pendant cette tranche de vie", comme l'a expliqué Vincent Balter. C'est la comparaison de ces tranches de vie qui a montré qu'elles étaient "beaucoup plus variables pour les australopithèques".

Le strontium et le baryum contenus dans l'émail dentaire sont deux marqueurs de la position des mammifères dans la chaîne alimentaire. C'est pourquoi les chercheurs ont porté une attention particulière à ces deux éléments. Des analyses isotopiques du carbone présent dans des dents fossiles avaient déjà été effectuées dans une précédente étude, ainsi que l'analyse de l'usure de l'émail dentaire des fossiles. "On a un schéma qui commence à devenir cohérent avec ce que les anatomistes et les archéologues attendaient", a souligné Vincent Balter auprès de l'AFP.

Source : MaxiSciences du 09/08/2012