lundi 3 septembre 2012

Langues : le français, l’allemand ou le tchèque sont originaires… de Turquie


Les chercheurs ont utilisé les mots apparentés dans les langues indo-européennes - ici le mot mère- pour remonter aux origines géographiques de cette famille de langues.

D'où viennent les langues indo-européennes, parlées du Sri Lanka à l'Islande, à travers toute l'Europe? Une étude empruntant les méthodes des biologistes situe le berceau de ces langues en Anatolie.

De l’Europe de l’Ouest au continent indien, du nord au sud de l’Amérique, des millions de personnes parlent des langues en apparence très différentes appartenant à une même famille, celle des langues indo-européennes. Si les racines unissant le français au bengali, le danois au roumain, le balte à l’islandais, l’espagnol au gallois sont admises par tous les linguistes, la question des origines demeure très débattue. Quel est le berceau de cette famille de langues ? Une nouvelle étude le place en Anatolie, dans l’actuelle Turquie.

Depuis plusieurs décennies, deux hypothèses se font face, mêlant preuves archéologiques et travaux linguistiques.
D’un côté l’hypothèse anatolienne : les premiers indo-européens seraient originaires d'Anatolie, région du Croissant fertile, là où est née l’agriculture. De précédents travaux, tant archéologiques que génétiques, ont montré que la diffusion de l’agriculture s’est faite avec les déplacements des premiers cultivateurs, partis il y a 8.000 à 9.000 ans du Croissant fertile à travers le continent européen (lire L’ADN raconte la diffusion de l’agriculture en Europe).

De l’autre côté, l’hypothèse de la steppe : le foyer indo-européen se trouverait au nord de la mer Noire, du côté de l’actuelle Ukraine, d’où les cavaliers des Kourganes ont déferlé sur l’Europe vers 3.000 avant notre ère.
Étudier les langues comme des virus

Cavaliers ou fermiers ? Même s’ils ne mettent pas fin au débat, les travaux publiés par Quentin Atkinson (University of Auckland, Australie) et ses collègues dans la revue Science du 24 août, fournissent une nouvelle approche méthodologique. Ces chercheurs ont utilisé la même technique que les biologistes qui remontent la piste d’un virus de la grippe, par exemple, à partir des mutations de son matériel génétique.

Ici, l’ADN était remplacé par les mots apparentés, ceux qui sont une origine commune dans plusieurs langues, comme nuit, night, nacht, notte, noche, etc (voir la carte des mots 'trois' et 'eau'). Le rythme d’apparition et de disparition de ces mots apparentés a été analysé comme les taux de mutations dans un code génétique en biologie.

Cette analyse conclut en faveur d’une origine anatolienne des langues indo-européennes. L’expansion de ces langues irait donc de paire avec celle des techniques agricoles plutôt qu’avec une conquête guerrière.






Une grande famille

Les langues indo-européennes forment une très grande famille, regroupant aujourd’hui plus de 400 langages parlés par 3 milliards de personnes. Voici les principaux sous-groupes :
- les langues latines: français, espagnol, roumain, italien, catalan..
- les langues germaniques : anglais, allemand, danois, norvégien, suédois, flamand..
- les langues slaves : russe, serbo-croate, slovaque, tchèque…
- le grec
- les langues indo-iraniennes : hindi-ourdou, bengali, singhalais, panjabi, sanscrit (ancienne langue), persan..
- les langues celtiques : breton, gallois, irlandais…
- les langues baltes

Plusieurs langues parlées en Europe sont des exceptions notables et n’appartiennent pas à cette famille : le basque, le hongrois, le finnois, le lapon et l’estonien.

Source : Sciences et Avenir du 24/08/2012