vendredi 26 octobre 2012

Lucy l'australopithèque, un bipède qui aime grimper aux arbres

Pour un australopithèque, être bipède ne signifiait pas pour autant renoncer à la vie dans les arbres - contrairement aux hommes modernes. L'analyse des omoplates d'un jeune australopithèque, publiée dans la revue Science datée du 26 octobre, montre que ces hominidés qui vivaient il y a environ 3 millions d'années en Afrique étaient autant grimpeurs que marcheurs.

Cette aptitude à vivre dans les arbres ne surprend pas Brigitte Senut, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris. "C'est une chose que j'avais dite en 1978", réagit la paléontologue, interrogée par Sipa. "J'étais la première à dire que Lucy était une femelle qui grimpait aux arbres, donc l'arboricolisme chez les australopithèques ne me surprend pas du tout. On s'est surtout intéressé à la marche et aux membres inférieurs, beaucoup moins aux membres supérieurs!"

Un mode de locomotion qui n'existe plus

Pour la première fois, un élément clé des grimpeurs, l'omoplate, a pu être étudié en détail sur le fossile d'un jeune australopithèque (Australopithecus afarensis). Retrouvé il y a quelques années à Dikika, dans l'Afar éthiopien, ce fossile baptisé Selma, possède ses deux omoplates en bon état. L'orientation de cet os, où s'exercent les plus fortes pressions mécaniques quand un individu grimpe dans les arbres, est similaire à celle des grands singes, expliquent David Green, de l'Université du Middle West (Illinois), et Zeresenay Alemseged, de l'Académie des Sciences de Californie, dans la revue Science.

"Certains collègues pensaient que ces caractères d'arboricolisme, acquis il y a très longtemps, n'étaient plus fonctionnels" précise Brigitte Senut. "Les australopithèques étaient bipèdes mais pas libérés du milieu arboricole, c'est un mode de locomotion qui n'existe plus aujourd'hui", poursuit la paléontologue. "Il faut imaginer un animal d'un mètre vingt maximum, qui se déplace dans un milieu plus ou moins ouvert, où il y a des prédateurs. A un moment donné, il faut qu'il trouve un refuge, soit pour manger, soit pour dormir, et l'arbre est l'endroit où il trouve les deux".

Source : le Nouvel Obs du 25/10/2012