jeudi 31 janvier 2013

La France réessaie d’inscrire Chauvet au patrimoine mondial

La démarche a été annoncée par le président de République et le gouvernement. L'examen du dossier va prendre 18 mois mais il y a eu un précédent, 2012.

DOSSIER. Le président de la République François Hollande et le Gouvernement français ont annoncé aujourd’hui avoir « décidé de présenter la candidature de La Grotte Chauvet Pont-d'Arc à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco », alors qu'un fac-simile de la grotte, comme pour Lascaux, est en cours de construction depuis l'automne 2012.

La France n'en est cependant pas à son coup d’essai. En janvier 2012, elle avait déjà déposé un dossier auprès de l'Unesco pour faire reconnaitre la célèbre cavité découverte à Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche) en décembre 1994, ornée de peintures préhistoriques datant de 25.000 à 37.000 ans. Préparé de longue date, il avait cependant été retiré en catastrophe à la veille de la session annuelle du Patrimoine mondial de l'Unesco, en juillet 2012 à Saint-Pétersbourg (en Russie).

URGENCE. Pour quelle raison la France avait-elle fait machine arrière ? Il semble qu'une demande de « procédure d’urgence » de dernière minute fût à la source du retrait anticipé. C'est que, contre toute attente, ce dossier – avec plusieurs autres cas –, avait été retoqué en première instance par l'Unesco le 1er mars 2012 pour des raisons administratives : il avait été jugé incomplet. Dès lors, l'administration Française avait fait le choix risqué de passer en force en sollicitant un dispositif d'urgence invoquant « les conditions climatiques à l'intérieur de la grotte ».

En mettant en avant la notion de « péril » éventuellement encouru par la cavité, les autorités françaises pouvaient prétendre à cette procédure d'exception telle qu'elle est définie dans les paragraphes 161-162 des Orientations de l'organisme international. « Des concentrations de dioxyde de carbone et de radon » (naturellement présents dans la cavité) ont ainsi été invoqués pour justifier cette requête.

RADON. En mai 2012, un expert de l’ICOMOS, le Conseil International des Monuments et des Sites, avait donc été dépêché sur place. Si celui-ci a bien confirmé « la valeur universelle exceptionnelle, l'intégrité et l'authenticité du site [...].» Il n'a pas, en revanche, mis en évidence un quelconque péril, « les concentrations de CO2 et de radon n'étant pas anormales dans une telle grotte [...].» La France a dû alors se résoudre à retirer sa demande d'urgence.

En voulant forcer un simple « goulet » administratif, les Français ne s'étaient-ils pas fourvoyés ? Avaient-ils été mal conseillés par de hauts responsables ? Le choix de la procédure d'urgence était-il opportun ? Toujours est-il que le dossier repart aujourd'hui de zéro. Il va être à nouveau expertisé, ce qui devrait prendre pas moins de 18 mois. Ainsi, le verdict du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco n’est pas attendu avant l’été 2014.

Source : Sciences et Avenir du 25/01/2013