vendredi 25 janvier 2013

La marche verticale des pygmées

Les populations humaines de très petite taille ont développé une façon de grimper aux arbres très comparable à celle des chimpanzés.

Au cours de l’évolution, la structure osseuse de la cheville des préhumains est devenue de moins en moins favorable à la flexion du pied. Voilà, brutalement résumée, la logique développée par les paléoanthropologues au cours de leurs études comparatives des os de la cheville des ancêtres des chimpanzés, des gorilles, des orangs-outans, et des humains (des homininés). Or il s’avère que les performances de flexion des chevilles de certains homo sapiens contemporains sont les mêmes que celles des chimpanzés !

Vivek Ventakaran et ses collègues du Darmouth College à Hanover aux Etats-Unis ont étudié l'ascension de chasseurs-cueilleurs de la forêt de l’Ituri au Congo (RDC), qui profitent de leur petite taille pour « marcher » sur des arbres de petit diamètre, comme les chimpanzés. Ils gimpent dans les arbres à la recherche de fruits, de miel ou de proies. Pour réaliser cette ascension, sans aide matérielle, ces pygmées fléchissent leur pieds à plus de 45 degrés, ce dont sont incapables tous les autres homo sapiens, sous peine de blessure. Cette flexion extrême est rendue possible par un allongement des fibres musculaires du mollet, adaptation que l’on retrouve aussi chez les Agta, des chasseurs-cueilleurs philippins de même morphologie que les pygmées (des négritos), qui montent aussi fréquemment aux arbres.

Or tant chez les pygmées que chez les Agta, la structure osseuse de la cheville est strictement identique à celle de tous nos contemporains. On peut en conclure que si nos ancêtres australopithèques ont progressivement développé des chevilles dont la structure osseuse est adaptée à la marche, cela n’interdit pas qu’ils aient pu avoir un mode de vie en partie arboricole. Lucy, qui ne mesurait que de 1,10 à 1,20 mètre de haut et possédait de longs bras, pouvait sans doute « marcher » encore plus facilement sur les arbres que les « géants »pygmées, haut de 1,5 mètre et dotés de simples bras humains.

Source : Pour la Science du 15/01/2013