vendredi 8 février 2013

Les néandertaliens espagnols prennent un coup de vieux

Une nouvelle datation fait reculer de 10.000 ans l'âge des derniers hommes de Neandertal relégués au sud de la péninsule ibérique.

On sait depuis le début des années 1990 que les derniers hommes de Neandertal ont trouvé refuge dans le sud de l'Espagne et du Portugal. Après avoir régné sans partage sur l'Europe de l'Ouest pendant près de 120.000 ans, cette espèce cousine de la nôtre n'a pas résisté à l'arrivée des premiers Homo sapiens, venus d'Afrique et du Proche-Orient il y a environ 35.000 ans. Selon l'hypothèse privilégiée aujourd'hui, elle s'est trouvée reléguée aux marges de son ancien empire: l'extrême sud de la péninsule ibérique d'un côté et la Crimée de l'autre.

Affrontements meurtriers, fuite devant l'avancée des hommes modernes, modification du climat, déficit démographique, épidémies? Les raisons, vraisemblablement multiples, de la disparition des néanderthaliens ne sont toujours pas élucidées. À ce jour, les traces de leurs derniers survivants ont été retrouvées à Zafarraya, au nord-est de Malaga (- 33.000 ans), et à Gibraltar, dans la grotte de Gorham (- 28.000 à - 24.000 ans).

Transition entre néandertaliens et hommes modernes plus complexe

Problème: cette chronologie ne fait pas l'unanimité chez les préhistoriens, en raison, notamment, du manque de fiabilité des méthodes de datation au carbone 14 utilisées jusqu'à présent. Du coup, «il y a un débat intense autour de la date de l'extinction des “derniers” néandertaliens de la péninsule ibérique et par conséquent de la longueur de la période pendant laquelle ils pu ont cohabiter avec des hommes modernes», expliquent les auteurs d'une étude parue mardi dans les Annales de l'Académie américaine des sciences (Pnas).

Cette équipe dirigée par Rachael Wood, de l'université de Canberra (Australie), a procédé à une nouvelle datation de plusieurs os fossiles provenant de différents sites espagnols en retirant, par ultrafiltration, du carbone issu de contaminations récentes. Résultat: l'âge de tous les échantillons recule de 10.000 ans en moyenne! De quoi remettre en cause les scénarios d'occupation privilégiés jusqu'à présent. Pour Bruno Maureille, préhistorien à l'université de Bordeaux, «cela n'a rien d'étonnant. La transition entre néandertaliens et hommes modernes est tellement plus complexe que ce que l'on peut restituer avec nos outils actuels qu'il faut se garder d'avancer des hypothèses trop simplificatrices.»

Source : Le Figaro du 07/02/2013