lundi 18 mars 2013

Les Hommes de Florès étaient bien des nains, selon des ouistitis

Les ossements d’Homo floresiensis appartiennent-ils bien à une espèce d’hominidés nains ? Certains en doutent, car le cerveau et les dents des Hommes de Florès seraient anormalement petits. Une étude réalisée sur des ouistitis pygmées permettrait maintenant d’expliquer ces caractéristiques, mais tout le monde ne sera pas convaincu.

Voilà dix ans, le monde faisait la connaissance d’Homo floresiensis, un hominidé qui a vécu voilà 18.000 ans sur l'île de Florès en Indonésie, où des ossements ont été trouvés dans la grotte de Liang Bua. À cette époque, Homo sapiens avait déjà conquis le monde tandis qu’Homo erectus et Homo neanderthalensis n’existaient plus depuis longtemps. Nous ne le savions pas encore, mais cette découverte allait donner naissance à d’intenses conflits et débats entre anthropologues. Plusieurs détails morphologiques empêchent en effet une classification précise de l’Homme de Florès.

Des caractéristiques le rendent en effet unique pour son époque. Ainsi, ces hominidés mesuraient environ 1 m de haut (ce qui explique leur surnom de « Hobbits », en référence aux célèbres personnages de J. R. R. Tolkien) et possédaient une boîte crânienne relativement petite (environ 400 cm3, contre plus de 1.650 cm3 pour Homo sapiens). Pour certains spécialistes, ces caractères s’expliquent par diverses maladies, tels le crétinisme ou la microcéphalie, ayant touché des Hommes modernes, ce qui signifierait alors que nous n’avons pas affaire à une nouvelle espèce. Pour d’autres, Homo floresiensis aurait fait l’objet d’un long processus évolutif de nanisme. Il s’agit alors bien d’une nouvelle espèce dont les ancêtres doivent être de plus grande taille.

L’Homo erectus figurerait parmi ces derniers, car les deux espèces partagent plusieurs caractères morphologiques au niveau du crâne, mais un problème se pose. Proportionnellement parlant, le cerveau et les dents des Hommes de Florès sont tellement petits qu’ils ne pourraient être issus d’un processus de nanisme. Stephen Montgomery et Nicholas Mundy de l’université de Cambridge auraient trouvé une explication. La clé du mystère repose sur l’étude d’un autre primate toujours bien vivant : le ouistiti pygmée (Callithrix pygmaea).

Une vitesse de croissance ralentie

Les espèces devenues naines au cours de l’évolution ont bien souvent suivi deux voies différentes. Leur temps de gestation et donc de développement du fœtus peut s’être raccourci progressivement, ou ce sont les premiers stades de vie postnatals qui ont perdu en longueur. L’animal devient alors adulte tout en ayant toujours sa taille d’enfant. Une troisième piste a cependant été découverte dernièrement : les temps de gestation et la durée des premiers stades de vie peuvent rester inchangés et c’est alors la vitesse de croissance qui diminue.

Or, les chercheurs viennent justement de montrer que le ouistiti pygmée, le deuxième plus petit primate de la planète, suivait cette troisième voie. Nous savions déjà que cette espèce avait des ancêtres de plus grande taille, mais ici aussi la petite hauteur des dents posait question, car elle ne pouvait être expliquée par les voies évolutives « habituelles » du nanisme. L’étude a été publiée dans le Journal of Evolutionary Biology.

Le raccourci est alors vite pris. Après tout, l’Homme de Florès est lui aussi un primate. Il aurait très bien pu suivre cette troisième voie, comme le ouistiti pygmée, ce qui expliquerait alors son petit cerveau et des dents de taille réduite. Homo floresiensis pourrait donc bien être, selon les chercheurs, une nouvelle espèce dont les ancêtres étaient de plus grande taille.

Cette approche ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Des spécialistes ont déjà fait savoir dans diverses revues qu’ils ne croyaient pas à cette hypothèse et qu’ils considéraient toujours les Homo floresiensis comme étant des Homo sapiens atteints de maladies. Précisons enfin que les restes exhumés dans la grotte de Liang Bua devaient appartenir à sept personnes. Étaient-elles toutes malades ?

Source : Futura Sciences du 12/03/2013