lundi 27 mai 2013

Le site de Cro-Magnon, aux Eyzies (24), ouvrira l'année prochaine

Acheté par l'entrepreneur Jean-Max Touron, il devrait proposer un certain nombre de surprises aux visiteurs

Depuis plus de trois ans que Jean-Max Touron a acheté le site de Cro-Magnon à l’entrée des Eyzies, avec tous les terrains et constructions qui le bordent (à six propriétaires différents), il espérait pouvoir l’ouvrir à la visite cette année. « C’est un lieu important, je veux faire quelque chose de bien et surprendre ceux qui m’appellent “le Leclerc de la préhistoire” », explique l’entrepreneur, qui exploite déjà cinq sites touristiques en Dordogne (1).

Il s’est attaqué à un gros morceau. Il n’y avait pas assez de places de parking : Jean-Max Touron a réussi à acheter une bande de terrain à la SNCF, le long de la voie ferrée, pour y créer 50 places. Il a pu faire changer le tracé du chemin communal qui passe devant Cro-Magnon en s’engageant à tracer un nouvel accès un peu plus loin.

Il a longuement négocié avec les services des affaires culturelles sur les travaux possibles sur le site : on ne touche pas à l’abri historique où furent découverts cinq squelettes en 1868, mais les abris à cochons voisins ont pu être démolis, ainsi que plusieurs constructions parasites. Le chemin de découverte qui monte sur la falaise a pu être tracé, et le propriétaire étudie l’aménagement des belvédères qui surplombent la vallée.

Pour Pâques 2014

Autant le dire, il reste encore de gros travaux à faire avant une ouverture que Jean-Max Touron espère maintenant pour Pâques 2014. Le résultat réservera de nombreuses surprises qui devraient séduire le public : « J’aime que mes visiteurs en aient pour leur argent », insiste-t-il. Il faut dire que le site de Cro-Magnon, très important dans l’histoire de la préhistoire (puisqu’il a servi de nom de baptême à Sapiens sapiens, l’homme moderne), n’est pas très folichon. C’est un abri-sous-roche comme il en existe des centaines dans la vallée de la Vézère. D’ailleurs, il était à peine fléché.

Comme le dit très bien le préhistorien Gilles Delluc, conseiller scientifique du projet, « il n’y a pas grand-chose à voir, mais beaucoup à raconter ». Les maisons voisines abriteront ainsi un petit musée sur Cro-Magnon et il y aura des hologrammes et des images 3D pour faire revivre notre ancêtre le plus direct en réalité augmentée.

Un cabinet d’architectes de Cénac et un scénographe de Sarlat planchent dessus avec Estelle Bougard, la préhistorienne qui dirigera le site.

Il y a 27 000 ans

Les sépultures trouvées là remontent, selon les datations et les objets trouvés, au Gravettien ancien, c’est-à-dire il y a 27.000 ans (les peintures de Lascaux ont 17.000 ans). Lors de la visite, on saura tout sur Cro-Magnon, notamment qu’il était de grande taille.

Une histoire très précise du site a aussi été dressée par Gilles Delluc. « Contrairement à ce que l’on a toujours dit, ce n’est pas lors de la construction de la voie ferrée que les squelettes ont été découverts, mais cinq ans après, lors de travaux pour faire la nouvelle route. »

De même, on ne pouvait avoir baptisé ce lieu Cro-Magnon (« cro » signifie trou ou creux en patois), alors qu’il était enterré depuis des siècles, jusqu’à sa découverte au XIXe. En revanche, un autre abri-sous-roche est situé au-dessus dans la falaise : « C’est lui qui avait dû être baptisé ainsi. »

Le sentier qui sera ouvert pour la visite permettra de découvrir ce lieu inédit et spectaculaire. Cro-Magnon n’a pas fini de nous étonner.

(1) La falaise de la Roque Saint-Christophe, quatrième site le plus visité en Dordogne, la maison forte de Reignac, le Roc de Cazelle, le manoir de Gisson à Sarlat et la grotte du Sorcier.

Source : Sud-Ouest du 24/05/2013